L'offensive contre les néonicotinoïdes bat son plein

à la une 01 | 02 | 2016

L’offensive contre les néonicotinoïdes bat son plein

Depuis le début de l’année 2016, l’offensive contre la famille des néonicotinoïdes bat son plein.

Le 12 janvier, c’est le chercheur au CNRS Vincent Bretagnolle qui a été auditionné par la Commission du développement durable de l’Assemblée nationale. « Du fait de l’omniprésence spatiale des néonicotinoïdes, on peut considérer que leur effet sur la surmortalité des abeilles est clairement avéré et établi », a-t-il d’emblée déclaré. Provenant d’un des coordinateurs de la toute dernière étude sur le rôle du thiametoxam dans le fonctionnement des ruches (novembre 2015), ces propos sont plutôt surprenants. En effet, comme l’a rappelé le député républicain Jean-Marie Sermier, les auteurs de l’étude reconnaissent sans ambiguïté qu’en conditions réelles, il n’y a « pas d’altération des performances des ruches exposées » provoquée par les néonicotinoïdes, et que « les quantités de miel produites ne sont pas impactées ». Par ailleurs, aucune surmortalité d’abeilles n’a été observée dans les champs, devant les ruches, ou ailleurs. Autrement dit, cette étude montre plutôt que rien n’est « avéré et établi » en ce qui concerne les effets des néonicotinoïdes sur le bon fonctionnement des ruches ! Face à ce rappel, Vincent Bretagnolle a apporté une réponse qui vaut le détour : « On n’a pas observé d’effet sur les 18 ruches en raison du manque de puissance de notre modèle statistique, mais je ne conclus pas qu’il n’y en ait pas eu »

En clair, alors que cette étude a été élaborée pour confirmer si, en conditions réelles, le thiamethoxam entraînait bien un effondrement des colonies, tel que cela a été formulé par la même équipe dans une précédente étude, les auteurs ont dû admettre qu’ils ne constataient aucun phénomène d’effondrement, et de surcroît, aucune diminution de la production de miel ou d’effet sur le couvain... Et on ne pourrait en tirer aucune conclusion ? Voilà une bien curieuse démarche pour un scientifique qui annonce ne vouloir que « produire de l’évidence »...

En service commandé ?

Il est vrai que l’audition de ce spécialiste des oiseaux marins des régions australes et de l’écologie comportementale a été suggérée au président de la Commission par Delphine Batho, la député socialiste à l’origine de l’amendement visant à interdire les néonicotinoïdes, et qui a été adopté en première lecture à l’Assemblée nationale le 1er septembre 2016, puis supprimé en commission au Sénat. Un discours disculpant le rôle des néonicotinoïdes aurait donc été plutôt mal perçu par la députée des Deux-Sèvres, département dans lequel est domicilié le Centre d’études biologiques de Chize, lieu de travail de... Vincent Bretagnolle. D’autant plus que c’est également sur sa recommandation que ce « grand chercheur », pour reprendre les propos de la députée, a reçu la Légion d’honneur en 2013, alors que cette dernière occupait encore le poste de ministre de l’Écologie. Pure coïncidence, certainement...

Joël Labbé à la manœuvre

Deux jours plus tard, le 14 janvier, l’offensive contre les néonicotinoïdes s’est déplacée au Sénat à l’occasion d’un débat contradictoire organisé par le sénateur Joël Labbé. L’élu écologiste souhaite en effet soumettre de nouveau au vote sénatorial l’amendement interdisant l’usage de ces produits. Il a donc invité quatre intervenants pour un face-à-face équilibré. D’un côté : Eugenia Pommaret, directrice de l’Union des industries de la protection des plantes, et Éric Thirouin, président de la Commission environnement de la FNSEA, et de l’autre : Claudine Joly, de France Nature Environnement, et Jean Sabench, de la Confédération paysanne. Avec la présence dans la salle de représentants des principales associations qui souhaitent la mort de ces produits, notamment Générations Futures, l’Unaf et Pollinis, le débat s’est rapidement transformé en réquisitoire contre ces insecticides maudits. Ou plus exactement contre le modèle agricole actuel.

« L’objet du débat, c’est aussi le modèle agricole, car si certains agriculteurs estiment que ces produits sont indispensables, d’autres nous disent le contraire », a souligné le sénateur. Joël Labbé souhaite une transition agricole vers un modèle sans chimie, à l’image de la « transition énergétique » sans nucléaire. Ce point a été au cœur de l’argumentation de Jean Sabench et de Gilles Lanio, président de l’Unaf. Les deux apiculteurs –dont l’un à la retraite– n’ont d’ailleurs pas hésité à donner une leçon d’agronomie appliquée, qui ferait selon eux défaut aux agriculteurs professionnels.

Pucerons et pucerons

« Je m’aperçois depuis plusieurs années que les blés qui sont traités au Gaucho, arrivés au mois de mai, sont envahis de pucerons. Donc le traitement ne sert plus à rien », a déclaré Gilles Lanio. Visiblement, l’apiculteur semble ignorer que le Gaucho est appliqué pour protéger le blé contre Rhopalosiphum padi, un puceron d’automne vecteur de la jaunisse nanissante du blé, et non contre les pucerons de printemps, dénommés Sitobion avenae. Gilles Lanio confond donc deux espèces différentes de pucerons ! En revanche, à l’en croire, quelques mois après l’application du Gaucho, ce produit serait finalement assez inoffensif pour les pucerons... mais dangereusement toxique pour les abeilles ! Surprenant...

Dans le même registre, Jean Sabench a tenté de convaincre que les néonicotinoïdes ne présentaient aucun intérêt. « Des études montrent qu’il n’y a pas plus de rendement avec les cultures traitées », a-t-il déclaré. Sauf que les résultats des essais conduits par Arvalis et l’Institut technique de la betterave (ITB) démontrent tout le contraire ! Selon Nathalie Robin, d’Arvalis, la protection des semences d’orge d’hiver avec l’imidaclopride « permet un gain de rendement significatif, atteignant 25 q/ha en moyenne (14 essais Arvalis), ce gain allant de 5 à 78 q/ha ». « Pour les betteraves, les traitements de semences à base de néonicotinoïdes évitent une perte de rendement moyenne sur le territoire national de 7,5%, et pour certaines régions (notamment le Nord-Pas-de-Calais et la Normandie), de 15 à 30% », estime pour sa part Marc-Richard Molard, qui a suivi le dossier des traitements de semences pour l’ITB. Des résultats qui n’ont malheureusement pas été présentés lors du débat. De même, les conclusions préliminaires de l’étude du risque de l’imidaclopride pour les abeilles, réalisée par l’Agence américaine pour la protection de l’environnement (EPA) et l’Agence canadienne pour l’homologation des pesticides (PMRA), et qui ont été rendues publiques le 6 janvier dernier, ont été totalement passées sous silence. Et pour cause : les deux agences ont conclu qu’il n’y avait pas de risque pour les applications en traitement de semences, et pas de risque pour les cultures suivantes. Par conséquent, elles n’envisagent aucune restriction des usages de l’imidaclopride à court terme.

Pour leur part, plusieurs pays européens commencent à contourner la suspension provisoire européenne de la clothianidine, de l’imidaclopride et du thiametoxam, en accordant à leurs agriculteurs des dérogations multiples. C’est le cas de la Grande-Bretagne, de l’Allemagne, du Danemark, de la Roumanie, de la Tchéquie, de la Slovaquie, etc.

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