La curieuse composition du virus de la grippe mexicaine

à la une 30 | 04 | 2009

La curieuse composition du virus de la grippe mexicaine

L’épidémie du siècle devait provenir du H5N1, avaient mis en garde les autorités sanitaires et politiques il y a trois ans. C’est finalement un virus de type A/H1N1 qui est en train de provoquer une panique mondiale, entraînant une hausse spectaculaire du cours de certains laboratoires pharmaceutiques. Baptisée trop rapidement « grippe porcine », cette nouvelle maladie devrait plutôt être appelée « grippe nord-américaine », ou « mexicaine », en raison de son origine. Ce qui éviterait toute confusion hâtive avec un problème purement animal.

Aucune raison ne justifie la décision prise par plusieurs pays, notamment la Chine et la Russie, d’arrêter les importations de porc en provenance du Mexique et de certains Etats américains, touchés par des cas avérés de la nouvelle grippe. Ni d’ailleurs d’accuser l’agriculture industrielle, comme s’est empressé de le faire Daniel Cohn-Bendit sur France 2, le mardi 29 avril. « Toute cette agriculture industrielle aujourd’hui produit de plus en plus de folie », a-t-il déclaré. Ne craignant ni le ridicule ni les amalgames, la tête de liste d’Europe Ecologie pour les élections européennes en Ile-de-France a fait allusion à la vache folle, estimant qu’ « en général, ce genre de grippes sont les conséquences de nos modes de vie ». Or, comme l’avait déclaré la veille à l’AFP Bernard Vallat, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé animale 
(OIE), « jusqu’à preuve du contraire,
 les élevages de porcs ne sont pas responsables de l’épidémie de grippe originaire du Mexique. »

Les principaux syndicats agricoles (notamment Christiane Lambert, pour la FNSEA, et René Louail, pour la Confédération paysanne) ont rappelé avec raison que le problème est « plus humain qu’animal ». Ce qui le rend d’ailleurs plus sévère. Contrairement au virus de la grippe aviaire H5N1, celui du Mexique peut parfaitement être à l’origine d’une grave épidémie humaine, puisqu’il se transmet d’homme à homme. En outre, il est déjà responsable de plusieurs décès, essentiellement au Mexique. Leur nombre est bien inférieur à ceux causés par la grippe classique, note le Dr Jean-Louis Thillier, consultant scientifique et expert européen en évaluation des risques sanitaires. « En France, pendant les quelques mois d’hiver, la grippe que tout le monde connaît tue près de 5.000 personnes, et de 35.000 à 50.000 aux Etats-Unis en une seule année », explique l’expert, qui précise que n’ayant encore pas muté, le virus mexicain, issu d’un réassortiment génétique, est aujourd’hui faiblement pathogène.

Cependant, rien ne permet d’affirmer, comme l’a fait hâtivement Jeanne Brugère-Picoux, spécialiste de pathologie du bétail à l’Ecole nationale vétérinaire d’Alfort, que « cette grippe, elle est passée. Le pic a eu lieu en avril, on est en phase de régression ». Une déclaration faite sans précaution alors qu’on ne connaissait pas encore la nature même du virus. Or, la composition de ce virus, dévoilée le lundi 27 avril 2009, révèle des souches de provenances différentes. « Ce qui fait de ce virus un cas totalement inédit », indique le Dr Thillier. D’autant plus que la séquence totale du virus montre des origines géographiques très éloignées. « L’OMS nous a rendu accessibles les séquences génétiques de ce nouveau virus, le lundi 27 avril, via la base de données du National Center for Biology Information (NCBI) américain. La génétique de ce virus de la grippe mexicaine (à huit chromosomes et à dix gènes) me rend perplexe. C’est une souche H1N1 qui combine un triple assortiment de gènes de virus de la grippe humaine, porcine et de la grippe aviaire, tous identifiés séparément dès 1998. S’y ajoutent deux nouveaux gènes du virus H3N2 de la grippe du porc d’Eurasie, eux-mêmes d’origine humaine. Ce réassortiment génétique complexe est pratiquement impossible à obtenir dans un élevage de porc mexicain, même industriel. Fuite d’un laboratoire ? Acte terroriste ? », s’interroge le spécialiste. En tout cas, on sait maintenant que le virus H1N1 s’est répandu à Mexico à partir de mi-mars, alors que le CDC (Center for Disease Control, USA) a annoncé l’existence de ce nouveau virus seulement le 23 avril 2009.

Le Dr Thillier poursuit : « Ce n’est pas un virus mutant progressivement comme le H5N1 – qui est en réalité peu dangereux pour l’homme –, mais un virus dont la génétique complexe est si inhabituelle que les êtres humains ont peu de chances d’avoir un minimum d’immunité en mémoire à celui-ci. L’actuel vaccin contre la grippe, qui vise une autre souche H1N1, n’est pas non plus susceptible d’offrir une protection. A l’opposé du H5N1, le virus mexicain a donc évidemment un potentiel pandémique, bien qu’il n’y ait pas, pour l’instant, de début de pandémie. En outre, il est peu probable qu’on puisse assister à une pandémie capable de décimer des millions d’individus, comme en 1918 avec la grippe espagnole ». En revanche, « on assiste peut-être là à une épidémie classique de grippe qui peut prendre toutes les dimensions, sévères ou non », indique le Pr François Bricaire, spécialiste des maladies infectieuses et tropicales à la Pitié-Salpêtrière (Paris). Il poursuit : « Au Mexique, le nombre de morts précis dus à cette épidémie n’est toujours pas connu. Le pays est en train de revoir à la baisse les décès imputables au virus. La mortalité n’étant pas clairement établie, il est périlleux de dresser un constat défini ».

En France, le plan de lutte contre une pandémie grippale est prêt. Elaboré par différents ministères, sous l’autorité du Premier ministre François Fillon, ce plan, dont la dernière version date du 20 février 2009, comprend six niveaux, du plus bénin au plus dramatique. Depuis lundi, le directeur général de la Santé, le Pr Didier Houssin, a placé la France au niveau 4A, qui correspond à une « période d’alerte », avec un début de transmission du virus entre humains venant de l’étranger. Le Pr Houssin a indiqué que ce niveau changera si un ou plusieurs cas avérés de grippe mexicaine sont découverts sur le territoire français. Une nouvelle phase, dite 4B, signifierait que le virus a été transmis d’humain à humain en France. C’est le cas depuis jeudi soir…

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