Pesticides : une mission parlementaire pour rien ?

à la une 17 | 12 | 2012

Pesticides : une mission parlementaire pour rien ?

Rapport de la mission parlementaire : pesticides : vers le risque zéro

On ne peut que se féliciter du travail considérable effectué par la mission parlementaire chargée du rapport « Pesticides : vers le risque zéro », remis le 23 octobre dernier. Dans ce cadre, plus de 200 personnes ont été entendues lors de 95 auditions étalées de février à septembre 2012. « Nous avons voulu écouter tout le monde », affirment en chœur la sénatrice PS Nicole Bonnefoy et la sénatrice UMP Sophie Primas, respectivement rapporteuse et présidente de la mission. Et pourtant, les enseignements qu’en tirent les parlementaires laissent plutôt perplexes.

Nombre de déclarations des membres de la mission témoignent en effet d’une tragique déconnection de la réalité du terrain. Ainsi, lors d’une audition, Nicole Bonnefoy a affirmé que « la culture conjointe de la carotte et de l’oignon ou du poireau, déroute les trips et autres parasites, et favorise les carabes et staphylins, prédateurs des mouches de la carotte ». Réponse cinglante de Vincent Schieber, président de la section nationale carotte : « Si ces mariages étaient efficaces, cela se saurait ! ». Et de rappeler à la sénatrice que les bassins de production de la carotte et de l’oignon ne sont pas les mêmes. Cruel !

Nicole Bonnefoy ne s’est visiblement pas assurée de la pertinence de son argument, qu’elle tenait, il est vrai, du célèbre botaniste Jean-Marie Pelt, auditionné auparavant. Occasion pour le fondateur de l’Institut européen d’écologie d’expliquer que « la piste [pour combattre les ravageurs] la plus prometteuse de toutes, mais également la plus étrange et la plus ignorée, [réside dans] les vibrations spécifiques à chaque protéine ». Un de ses amis a travaillé sur la protéine qui défend la vigne contre le mildiou. « Sa stimulation par vibration la rend beaucoup plus efficace. Il fait donc entendre une musique de trois minutes à des vignes et rencontre un grand succès », explique doctement Jean-Marie Pelt. « Mon ami m’a téléphoné
il y a deux mois pour m’annoncer que sa méthode, dont les résultats sont extraordinaires, était scientifiquement avérée et qu’il pourrait la publier »
, ajoute-t-il. Pour preuve, il l’aurait testée sur des vignes d’Alsace, du Val-de-Loire et du Bordelais. « La vigne traitée par la musique est exempte de champi- gnons, tandis que l’autre parcelle est entièrement ravagée », se réjouit le botaniste, qui précise que cette méthode permet également de stimuler les protéines responsables de la croissance des tomates. « J’ai ainsi tenu dans mes mains une tomate gigantesque », témoigne-t-il. Rien de tel pour convaincre la sénatrice socialiste, qui affirme de son côté avoir « un ami éleveur caprin qui fait écouter de la musique à ses chèvres, qui donnent un lait de meilleure qualité et en plus grande quantité ». De là à proposer l’obligation de diffuser de la musique au quotidien dans les champs, il n’y a qu’un pas, que le sénateur écologiste Joël Labbé, également maire « rock’n’roll » de Saint-Nolff – selon les termes d’EELV –, n’a toutefois pas osé franchir.

Pourtant, ce dernier fait lui aussi preuve d’une imagination certaine. « Les mauvaises herbes, cela n’existe pas. [...] Tout est question d’équilibre, les insectes, les herbes, ne sont pas bons ou mauvais en eux-mêmes, il faut travailler en recherchant l’équilibre », explique Joël Labbé. « On emploie des insecticides chimiques parce qu’il ne faut pas d’insectes dans les légumes. Pourtant, les agriculteurs bio se débrouillent et vous ne trouvez pas d’insectes dans leurs produits », ajoute-t-il. Selon lui, ces petites bestioles ne poseraient pas de problème « si la plante était plus rustique ». Le sénateur maîtrise à la perfection... les idées reçues !

La lecture du rapport de la mission parlementaire n’est malheureusement pas plus convaincante. En tout cas en ce qui concerne ses premiers chapitres, qui donnent une image apocalyptique des pesticides, à l’origine d’un « scandale sanitaire et environnemental », pour reprendre les termes de l’irrésistible Joël Labbé. Pourtant, cette vision est démentie tant par l’étude Agrican que par d’autres études, par ailleurs citées dans le rapport. Aucune d’entre elles ne fait état d’une surmortalité quelconque liée aux pesticides. Bien au contraire, l’espérance de vie du monde agricole n’a rien à envier à celle du reste de la population. Ce que concède d’ailleurs la mission parlementaire.

Les chiffres sur les accidents du travail contredits par la réalité

Même les chiffres sur les accidents du travail n’ont rien de très alarmant, admet le rapport. « Les chiffres fournis par la Mutualité sociale agricole lors de son audition devant la mission d’information, le 6 mars, ne sont pas pour autant très élevés, ce qui peut sembler étonnant compte tenu des nombreux effets sanitaires avérés des pesticides sur la santé », note le rapporteur. Entre 2003 et 2012, seuls 311 accidents du travail survenus avec des produits de traitement ont été enregistrés pour les non salariés, et 962 pour les salariés. Ces chiffres sont même en baisse depuis ces vingt dernières années. Or, quelles conclusions en tirent les parlementaires ? Ces données seraient la preuve ultime que les dangers et les risques des pesticides pour la santé sont sous-évalués ! Pire, il y aurait une omerta à ce sujet, alors que les campagnes contre les pesticides envahissent les médias au quotidien. En clair, faute de remettre en cause leurs préjugés, les séna- teurs façonnent la réalité à leur gré...

Une telle attitude explique certainement pourquoi la petite centaine de recommandations –adoptées à l’unanimité par les membres de la mission– manquent totalement de pertinence. D’autant plus que la moitié d’entre elles sont déjà intégrées par la profession. Autrement dit, les sénateurs proposent de débattre en séance plénière un lot de mesures dont les principales sont déjà effectives. Pathétique !

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