L'AB, mauvais élève selon la DGCCRF

actualités 22 | 09 | 2014

L’AB, mauvais élève selon la DGCCRF

Plus que toute autre filière, celle de l’agriculture biologique repose sur la confiance des consommateurs. Il est donc naturel de porter une attention particulière aux résultats annuels des enquêtes réalisées par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF)sur la conformité de l’agriculture biologique aux dispositifs réglementaires. Or, le communiqué de presse publié le 19 juin 2014 sur le site du ministère de l’Économie n’est pas vraiment rassurant [1] !

En effet, pour 1 070 établissements français contrôlés, pas moins de 269 avertissements ont été dressés, au cours de 31 procès-verbaux. Soit une non-conformité s’élevant à plus de 25 %.« L’essentiel des infractions constatées portaient sur le non-respect de la réglementation générale », note la DGCCRF. En cause : (1) le non-respect de l’obligation d’adhésion au système de contrôle ; (2) le non-respect de certaines mentions obligatoires d’étiquetage sur les produits bio préemballés ; (3) la vente de produits conventionnels en tant que produits biologiques ; (4) la présentation trompeuse de produits ou de commerces ; (5) le non-respect des conditions de production.

Et ce n’est pas tout. Les services de l’État signalent également la présence de « mentions ou présentations de nature à induire en erreur le consommateur ». Ainsi, un lait biologique portait une étiquette affirmant qu’il provenait de fermes environnantes, alors qu’il était récolté à plus de 100 km de la laiterie. De même, des produits biologiques vendus sur un site internet comme étant « issus d’un approvisionnement en circuit court », provenaient majoritairement de circuits traditionnels longs. Enfin, un maraîcher se présentait « abusivement comme producteur de l’ensemble des produits présentés à la vente », ce qui n’était pas le cas. Pire, les enquêteurs ont relevé « des anomalies dans les contrôles effectués par un organisme certificateur ». Illustration de l’opacité de cette filière, il a été impossible de connaître le nom de l’organisme, tenu aussi secret que le code de tir nucléaire présidentiel !

Enfin, sur les 229 prélèvements analysés, 26 se sont avérés « non conformes ». Soit un taux supérieur à 10% !

« La majorité des non-conformités (24 sur 26) s’expliquent par le non-respect de la réglementation relative à l’agriculture biologique », note la DGCCRF, qui relève la présence d’un produit chimique de synthèse, le piperonyl butoxyde (PBO), dans 14 échantillons. Largement utilisé en agriculture biologique, le PBO permet de ralentir la biodégradabilité des pyrèthres naturels, très instables à la lumière. C’est d’ailleurs la seule et unique différence de ces derniers avec les pyréthrinoïdes de synthèse, pourtant interdits d’usage en agriculture biologique.

Contamination au PBO

Or, le PBO n’est pas un produit sans danger. « Plusieurs études [2]ont montré que le traitement des rats avec du PBO à doses élevées provoque une augmentation du cancer du foie et une très légère augmentation du cancer de la thyroïde », note le site www.penntybio. com [3]. C’est également ce que suggèrent Graham et al., qui ont mis en évidence qu’en interférant avec le métabolisme des hormones, le PBO peut endommager les organes huméraux comme la thyroïde, les glandes surrénales et l’hypophyse [4].

Enfin, « deux études menées en laboratoire sur des rats montrent que lorsque les mères étaient exposées à des concentrations élevées de PBO, il y avait une augmentation des défauts de naissance et de mort fœtale [5] », et que « des rats exposés au PBO au cours de deux années d’expérience ont montré une atro- phie des testicules, une diminution du poids des vésicules séminales, et une augmentation du poids des ovaires [6]. », alerte le site www.penntybio.

La contamination de produits bio par du PBO dans plus de 14 échantillons sur 229 n’est certainement pas le moyen le plus efficace pour rassurer les consommateurs ! D’autant plus que la DGCCRF refuse de rendre publiques les teneurs exactes relevées dans le cadre de ces contaminations.

Enfin, le communiqué du service du ministère de l’Économie souligne la présence de résidus de pesticides non autorisés en agriculture biologique –sans préciser lesquels ni à quelles doses–, le non-respect de la réglementation générale en matière de métaux lourds, et la présence d’OGM à un taux supérieur à 0,9% !

[2Human Health Risk Assessment, US EPA, 2005.

[424-Month dietary toxicity and carcinogenicity study of piperonyl butoxide in the albino rat., Graham, C. 1987, Unpublished report No. 81690 from Bio-Research Ltd. Laboratory, Seneville, Quebec, Canada.

[5Developmental toxicity evaluation of piperonyl butoxide in CD-1 mice. Tanaka, T. et al., Toxicol Lett., 1994.

[6The safety of piperonyl butoxide. In D.G. Jones, ed. Piperonyl butoxide : The insecticide synergist. Breathnach R., San Diego : Academic Press, 1998

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