Coup de gueule du Syndicat des entreprises des viandes

actualités 21 | 05 | 2012

Coup de gueule du Syndicat des entreprises des viandes

Selon le dernier rapport de la lettre d’information Agreste, les exportations de bovins vivants ont encore augmenté d’environ 5% sur les trois premiers mois de 2012, par rapport à la même période de l’an passé. Résultat : les industries d’abattage-transformation françaises se trouvent privées d’une partie de leur approvisionnement. « Face à cette pénurie d’animaux, ils sont dans l’obligation de répercuter la hausse du prix de leurs produits », note un communiqué de presse du SNIV-SNCP, le syndicat des entreprises des viandes. « Trop rare et trop chère, la viande française intéresse moins nos voisins et les exportations de viande bovine sont en baisse de 14% sur la même période référencée ci-dessus », ajoute le syndicat.

Pire, on constate le même phénomène sur le marché intérieur. C’est ce que souligne le dernier panel de consommation FranceAgriMer/Interbev, arrêté au 15 avril, qui note une hausse des prix de la viande bovine de 2,9%, avec une baisse des volumes de viande bovine de 3,8%, alors que la viande d’importation prend des parts de marché (+11% sur les 3 premiers mois de 2012).

« Au total, la filière viande bovine, qui contribuait encore au solde commercial français à hauteur de 2 millions d’euros entre janvier et mars l’an dernier, le plombe désormais de quelques... 72 millions d’euros », note le SNIV-SNCP. Le syndicat rappelle que dès juin 2011, il avait mis en garde « contre la tragique erreur d’analyse qui sous-tendait le choix de privilégier une stratégie tout export, particulièrement en bovins vivants ».

Selon le SNIV-SNCP, cette stratégie repose sur deux erreurs d’analyse. La première consiste à croire que les marchés s’adaptent à l’offre, « et qu’il suffit d’être volontaire pour que les clients s’arrachent nos produits ». « Penser que des marchés extérieurs seraient naturellement demandeurs de ces produits, et ceci à un prix rémunérateur pour les éleveurs et les opérateurs français, est une posture incantatoire, orgueilleuse et arrogante », écrivait alors le syndicat, avertissant que le réveil risquait d’être « douloureux ».

Ensuite, le SNIV-SNCP contestait l’idée selon laquelle l’export aux pays tiers devenant la priorité, les marchés français et européens ne constitueraient plus un débouché essentiel pour le troupeau allaitant français. « En ignorant le fait que depuis 2005, la France est devenue déficitaire net en viande bovine (près de 150.000 tonnes aujourd’hui) et que la restructuration du cheptel laitier va aggraver cette situation, on fait le lit des concurrents étrangers pressés de s’installer chez nous », expliquait le syndicat, soulignant le risque que demain, le prix de marché en France soit dicté par les Allemands ou les Brésiliens. Bref, pour le SNIV-SNCP, prétendre développer la filière bovine sur l’exportation en perdant la maîtrise de notre marché intérieur était un pari bien risqué. D’autant plus que cela faisait croire aux éleveurs du troupeau allaitant qu’ils ne devaient rien changer puisqu’on avait trouvé, ailleurs, le débouché miraculeux de leur production…

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