actualités 01 | 02 | 2008

Double condamnation pour l’association Kokopelli

L’association de Dominique Guillet, Kokopelli, a beau se parer des atours de gardien de semences et de bienfaiteur du tiers-monde, elle n’a pas convaincu les magistrats du Tribunal de grande instance de Nancy du fait que la vente de ses semences constituait une bonne œuvre pour l’humanité. La cour a plutôt estimé que le « militantisme » de Kokopelli servait de prétexte pour organiser « des actes de concurrence déloyale tendant à la désorganisation du marché des graines de semences potagères anciennes ». Elle a ainsi conforté un précédent jugement : celui de la cour d’appel du tribunal de Nîmes, qui avait condamné l’association le 22 décembre 2006 pour mise sur le marché de « semences de variétés non conformes ».

« Nous ne pouvions pas gagner ces procès », admet d’ailleurs aujourd’hui Raoul Jacquin, chargé de communication de l’association cévenole. Ce dernier estime que « les semences que défend l’association Kokopelli sont maintenues dans l’illégalité par une volonté politique ». Il se pose en victime expiatoire de « l’Etat français [qui] refuse de libérer l’accès aux semences anciennes pour tout un chacun [et du] lobby des semenciers, ces fabricants de poison [qui] détruisent la planète ». Car, poursuit M. Jacquin, « les condamnations infligées à Kokopelli ne sont pas à chercher dans la nature des semences que protège l’association, mais dans ses actions ». Il n’hésite d’ailleurs pas à comparer celles-ci aux actions des faucheurs volontaires et des amis de l’ortie, « chacun cherchant à sa façon à protéger et promouvoir la vie et la continuité des savoirs ».

Bref, sous couvert de protéger la biodiversité, l’association Kokopelli veut pouvoir faire fi de la loi ! Un argument que les magistrats ne pouvaient bien entendu pas retenir, comme ils l’expliquent dans leurs conclusions : « Les objectifs réels ou affichés, les finalités caritatives humanitaires ou purement commerciales de l’activité en cause, n’interviennent nullement dans la détermination de l’existence d’un rapport de concurrence, concept juridico-économique ». Comme toute autre action, une action entreprise dans un cadre caritatif ou humanitaire doit se conformer à la législation, a tenu à rappeler le président du tribunal Jean-Yves David. Ce dernier précise que l’association Kokopelli est bien responsable de « la mise sur le marché de produits non autorisés à la vente par les législations et réglementations en vigueur ».

En outre, contrairement aux affirmations répétées par les dirigeants de Kokopelli, le commerce de l’association (au montant certes modeste de 350.000 euros par an) ne concerne pas seulement « les semences qui ont nourri nos grands-parents et qui servent à nous nourrir aujourd’hui par le jeu des croisements » : au catalogue de l’association figurent en effet aussi des variétés américaines récentes, comme un poivron baptisé Emerald Giant, présenté habilement comme « une variété originaire des USA, développée par Northrup, King and Co en 1963 », pour mieux taire qu’il s’agit d’une filiale du géant de l’agrochimie Syngamie ; une société qui fait partie des cinq multinationales accusées par M. Guillet de « prendre en otage les peuples et les nations » ! Kokopelli commercialise également la Green Zebra, une tomate verte zébrée artificiellement, créée il y a à peine 20 ans par un sélectionneur californien, Tater Mater Seeds. De même qu’une bonne vingtaine d’espèces potagères du plus important producteur de semences italien, Subo & Unico... Bref, pour ce qui est de la sauvegarde de la biodiversité, il y a plus convaincant...

Voir aussi l’article d’A&E : « l’arrière boutique de Kokopelli »

kokopelli agriculture biologique