Greenpeace Allemagne fait passer les considérations économiques avant l'environnement

actualités 05 | 10 | 2009

Greenpeace Allemagne fait passer les considérations économiques avant l’environnement

Greenpeace Allemagne s’est lancé dans un bien singulier exercice : défendre l’agriculture biologique tout en reconnaissant que les formulations à base de cuivre posent un redoutable problème environnemental. « Le problème est bien connu. Ce métal rougeâtre n’est pas biodégradable. Au contraire, il se cumule dans le sol et porte préjudice aux organismes qui y vivent. Il réduit la biodiversité et fait disparaître les animaux utiles tels que les vers de terre », indique Greenpeace Allemagne dans son Greenpeace Magazin [1]. Comme le reconnaît l’association écologiste, bien que le plus gros consommateur allemand de cuivre reste l’agriculture conventionnelle, une interdiction « affectera en priorité l’agriculture biologique ». En effet, contrairement à leurs collègues « conventionnels », les producteurs bio n’ont aucune alternative disponible. « Ils ont besoin de préparations cupriques pour combattre le mildiou tardif sur pomme de terre, la tavelure du pommier et le mildiou redouté sur vigne et houblon », admet Claudia Hönck, responsable chez Greenpeace. « Si le cuivre venait à être interdit, la culture biologique du houblon pourrait disparaître entièrement », poursuit Otmar Weingraten, le directeur de l’Association des planteurs allemands de houblon (Verband der Deutschen Hopfenpflanzer).

Stefan Kühne, qui dirige le département des moyens de lutte biologique de l’Institut Julius Kühn, met en garde contre les impasses techniques qu’apporterait une suspension du cuivre pour la filière bio : « De plus en plus de vignerons veulent se convertir au bio – mais ce ne sera pas possible sans le cuivre ». Selon lui, il serait absurde de détruire ce secteur en pleine évolution seulement à cause d’un produit de traitement. D’autant plus que celui-ci est « une substance naturelle ». Un argument considéré comme nul et non avenu par l’Agence Fédérale de l’Environnement allemande (UBA). « Le fait qu’il s’agisse d’un élément qui existe dans la nature n’est pas une indication de sa non nocivité, surtout lorsqu’il est utilisé en grande quantité pendant de longues périodes », rétorque Tobias Frische, expert au sein de l’UBA, qui estime inacceptable de poursuivre « les grandes erreurs commises dans le passé ». « Le cuivre est maintenant ancré dans le sol et les agriculteurs continuent d’en rajouter », poursuit le spécialiste, qui estime que la charge du cuivre pesant sur les niveaux supérieurs du sol a déjà atteint un seuil critique dans de nombreuses régions. D’où l’impérieuse nécessité de mettre un terme à son usage. « Certes, nous voyons les bénéfices de l’agriculture biologique pour l’environnement, mais l’usage du cuivre va à l’encontre des principes de base défendus par les associations d’agriculteurs biologiques », conclut Mr Frische. Même utilisé en quantité limitée – comme le font certains agriculteurs bio –, le cuivre n’est plus une solution acceptable, indique l’UBA, qui milite pour son interdiction.

Greenpeace indique partager la préoccupation de l’UBA. « Un métal lourd ne peut simplement pas être une solution pour l’agriculture biologique », note en effet Manfred Krautter, chimiste chez Greenpeace, qui lance un appel auprès du secteur bio pour qu’il intensifie la recherche d’alternatives. Trouver des espèces plus résistantes aux champignons est certes possible, mais pas toujours, admet également Greenpeace. Or, l’Union européenne souhaite prendre une décision cette année concernant l’utilisation des préparations à base de cuivre. Ce qui explique que les instances de régulation de tous les pays-membres de l’UE commentent actuellement les rapports intermédiaires d’évaluation, par ailleurs très critiques envers le cuivre. Comme le note Greenpeace, l’interdiction du cuivre a été proposée dès 1992, mais elle n’a jamais abouti suite à un intense lobbying. Aujourd’hui, l’association écologiste demande à l’Union européenne de ne pas fonder sa décision seulement sur des considérations environnementales. En clair, dans le dossier du bio, Greenpeace privilégie « l’économie par rapport à l’environnement »...

[1Dürfen Öko-Bauern weiter Schwermetall gegen Pilze spritzen ? ; http://www.greenpeace-magazin.de/in...

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