actualités 16 | 05 | 2006

Grippe aviaire : le mea culpa de Jean-Yves Nau

Dans un article intitulé « Grippe aviaire : Pourquoi on a tout mis sur le dos des canards sauvages », paru dans l’édition du 14-15 mai 2006 du Monde, Stéphane Foucart et Jean-Yves Nau affirment que « certains médias en viennent aujourd’hui à s’interroger sur leur couverture du phénomène ».

Après s’être fait l’écho des déclarations les plus alarmistes pendant plusieurs mois, Jean-Yves Nau commence enfin à se poser des questions, dans ce qui ressemble à une sorte de timide mea culpa ! Fait d’autant plus singulier qu’étant lui-même médecin de formation, il était mieux placé que quiconque pour pouvoir valider toute information concernant la grippe aviaire avant d’autoriser sa publication. Or, dès novembre 2005, ce sont les lecteurs du Monde eux-mêmes qui ont alerté les premiers la rédaction, l’interpellant sur la pertinence de ce qui était publié dans les colonnes de leur quotidien favori. « Le Monde participe à cette psychose, regrette une lectrice de Fals (Lot-et-Garonne), Nicole Dupouy. Pourquoi ces gros titres, pourquoi tant de précipitation ? », rapporte ainsi Robert Solé dans Le Monde du 6 novembre 2005.

Ce tardif mea culpa de Jean-Yves Nau est d’autant plus choquant que c’est déjà la deuxième fois que le journaliste-médecin se livre à ce genre d’exercice. Après avoir couvert l’affaire du sang contaminé de façon peu rigoureuse, il s’était en effet laissé aller à de sérieux débordements avec celle de la vache folle : de 7 millions de morts potentiels, on était passé à 700 000, puis 135 000, pour finalement finir avec quelques centaines. Malheureusement, dans les deux cas - vache folle et grippe aviaire -, les dégâts collatéraux sont considérables : perte de confiance du consommateur pour un produit pourtant sans risque, crise d’une filière, licenciements forcés, perte de revenu pour les agriculteurs, etc. Tout cela, visiblement sans conséquences majeures pour les auteurs des articles excessifs.

Est-ce pour se justifier que Jean Yves Nau a cette fois-ci appelé à la rescousse le professeur Alain Goudeau, chef du département de bactériologie-virologie du CHU de Tours ? En tout cas, ce dernier explique - sous la plume du journaliste-médecin - que « de manière générale, la presse n’est jamais véritablement coupable des informations qu’elle fabrique [sic !] et qu’elle diffuse, dès lors que l’on considère que cette presse n’est, pour l’essentiel, qu’une forme de caisse de résonance de la puissance et des inconséquences des responsables politiques et professionnels ».

En clair : l’origine de la psychose serait à chercher principalement dans l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui il est vrai n’a pas été sans responsabilité dans la montée du discours alarmiste. Comme le souligne Olivier Dehorter, ornithologue au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), « certains scientifiques ont réellement eu le sentiment que l’OMS montait cette histoire de grippe aviaire en épingle pour des questions liées à son budget, qui a été réduit ces dernières années ». Possible.

Ce qui est certain en revanche, c’est que depuis l’écoulement des stocks de Tamiflu fabriqués et commercialisés par les Laboratoires Roche - et qui ont dégagé un bénéfice de plusieurs centaines de millions de dollars -, non seulement l’OMS a adopté un discours moins alarmiste, mais elle explique maintenant que la grippe aviaire reste « très très difficilement transmissible à l’homme »...

grippe aviaire h1n1 santé

Articles analogues