actualités 18 | 06 | 2007

La fausse rumeur persistante du moratoire allemand

Quoiqu’écrivent Le Monde et Agrafil dans leur dépêche respective, l’Allemagne n’a pas institué un moratoire sur le maïs OGM MON 810, mais une suspension provisoire sans conséquence pour les semis de cette année, et sans lien avec le rapport de Greenpeace. Peut-être faut-il attribuer cette maladresse au fait que ces deux médias prennent un peu trop à la légère les déclarations de Greenpeace, qui est visiblement à l’origine de cette fausse rumeur (encore répétée dans un communiqué de presse de Greenpeace en date du 14 juin 2007).

« Cette décision [de ne pas instaurer de moratoire sur le maïs OGM MON 810] intervienten France alors même que le gouvernement allemand vient de prendre sur le maïs MON 810 un moratoire sur la base d’une étude publiée par Greenpeace. »
Communiqué de presse de Greenpeace, le 14 juin 2007

« Après la publication du rapport de l’ONG écologiste [Greenpeace], fin mai, l’Allemagne a institué un moratoire sur la vente de semences de MON 810, en attendant la mise en place d’un plan d’observation des champs déjà plantés. »
Le Monde, le 14 juin 2007

« Frappé par la décision de l’Allemagne de décréter un moratoire sur les semences de maïs MON 810, le ministre de l’Écologie avait en effet déclaré le 25 mai que la France devait “s’inspirer“ de la décision adoptée outre-Rhin. »
Agrafil, le 15 juin 2007

Quoiqu’écrivent Le Monde et Agrafil dans leur dépêche respective, l’Allemagne n’a pas institué un moratoire sur le maïs OGM MON 810, mais une suspension provisoire sans conséquence pour les semis de cette année, et sans lien avec le rapport de Greenpeace. Peut-être faut-il attribuer cette maladresse au fait que ces deux médias prennent un peu trop à la légère les déclarations de Greenpeace, qui est visiblement à l’origine de cette fausse rumeur (encore répétée dans un communiqué de presse de Greenpeace en date du 14 juin 2007).

Quitte à prendre comme source d’information une association écologiste, ne vaudrait-il pas mieux s’inspirer des Amis de la Terre qui, dans ce cas précis, ont eu le mérite de rendre disponible le décret allemand de suspension et d’en donner une analyse pertinente ? Sur le site Internet de l’association, Christian Berdot, membre de son Conseil national, explique en effet que « cette mesure [de suspension] ne devrait pas avoir de conséquences réelles sur la commercialisation du MON 810 ». Pourquoi M. Seehofer, ministre allemand de l’Agriculture, a-t-il attendu jusqu’à fin avril 2007 pour sortir ce décret sur le maïs MON 810, s’interroge le militant écologiste ? Ce dernier y voit trois raisons :

- M. Seehofer n’a jamais eu l’intention d’empêcher les agriculteurs de planter ce maïs cette année et il leur a laissé le temps de le semer en toute tranquillité.

- M. Seehofer n’a jamais eu l’intention de gêner Monsanto. En début d’année, Monsanto a déposé à Bruxelles son dossier de demande de prolongement d’autorisation. En effet, le maïs MON 810 a été autorisé il y a dix ans dans le cadre de l’ancienne directive. Cette autorisation doit être révisée l’an prochain. Les demandes faites à Monsanto par l’Allemagne correspondent de toute façon aux exigences de la nouvelle directive.

- Par cette décision sans portée réelle, M. Seehofer, qui essaie de soigner son image, a pour objectif réel de revoir à la baisse les dispositifs clés de la Loi sur les biotechnologies, transcription en droit allemand de la directive européenne 2001/18.

Si cette analyse s’avère exacte, n’est-il pas paradoxal que Greenpeace et d’autres militants écologistes se soient réjouis - certes un peu prématurément - à l’idée que M. Juppé « s’inspire de la décision adoptée outre-Rhin » ?

décryptage greenpeace écologie politique

Articles analogues