La frite génétiquement modifiée, c'est pour bientôt !

actualités 24 | 03 | 2015

La frite génétiquement modifiée, c’est pour bientôt !

Après avoir créé le marché de la frite congelée prédécoupée dans les années 1950, le géant américain de la patate J.R. Simplot, dont le chiffre d’affaires s’élève à 4,5 milliards de dollars, se lance dans un nouveau défi : proposer aux consommateurs une pomme de terre génétiquement modifiée. Deux décennies de recherche ont été nécessaires avant que la dernière étape – législative – puisse être franchie le 7 novembre 2014. Le Département américain de l’agriculture a en effet donné son feu vert à la culture des variétés de pommes de terre baptisées Innate (innée en français). Il ne s’agit pas d’une énième version de plantes résistantes à la pyrale ou à un herbicide, mais d’une patate qui possède deux avantages pour le consommateur : elle ne brunit pas une fois coupée, et son taux d’acrylamide – un composé chimique qui se forme dans les aliments riches en amidon lors des processus de cuisson à haute température, et dont les agences sanitaires souhaitent réduire l’exposition vis-à-vis des consommateurs –, a été fortement réduit.

« Aucun gène étranger à la plante n’a été inséré », rassure Haven Baker, le vice-président de Plant Sciences Simplot. En revanche, les scientifiques sont bien intervenus sur le génome de la plante en utilisant les techniques les plus avancées de la biologie moléculaire. Notamment l’interférence par ARN, qui permet d’abaisser les niveaux d’expression de certains gènes, dont ceux codant l’asparagine (Asn1), le précurseur de l’acrylamide, et ceux impliqués dans le brunissement de la patate. Ces types de modifications génétiques sont difficiles –voire impossibles– à obtenir à travers la sélection variétale classique, beaucoup trop aléatoire.

En outre, l’immense avantage de ces méthodes est de pouvoir modifier des variétés de pommes de terre modernes tout en gardant intactes leurs autres qualités déjà fort appréciées des consommateurs comme des producteurs. Le choix de Simplot s’est porté sur deux de ses propres variétés, ainsi que sur trois autres, très répandues aux États- Unis : Atlantics, destinée au marché des chips, Ranger Russels et Russet Burbanks, cette dernière étant la plus utilisée pour la production de frites surgelées.

Vers la deuxième génération d’Innate

Et ce n’est pas tout. En avril 2014, Simplot a déposé une demande d’autorisation pour la génération suivante d’Innate, Innate Event W8. Il s’agit toujours de la variété Russet Burbanks, mais cette fois-ci rendue résistante au mildiou grâce à l’introduction d’un gène d’une variété étroitement apparentée : le gène Rpi-vnt1, identifié dans une variété non comestible de pomme de terre sauvage provenant d’Amérique du Sud.

Au final, Simplot disposera très prochainement de patates qui combinent ces trois caractères : un risque diminué de formation d’acrylamide, une réduction du brunissement et une résistance au mildiou. Bref, de quoi apporter un net avantage tant au consommateur qu’au producteur. Certains sont d’ailleurs déjà convaincus. Duane Grant, un producteur de pommes de terre, estime même qu’« avec ces nouvelles variétés, les consommateurs vont adorer les bio-technologies végétales » !

Les scientifiques sont intervenus sur le génome en utilisant les techniques les plus avancées de la biologie moléculaire.

Reste à savoir si cet optimisme se confirmera dans les faits. « Il y a eu plusieurs études de consommateurs réalisées ces dernières années, dont celle de l’International Food Information Council (IFIC). Selon cet organisme, 69 % des consommateurs sont prêts à accepter des aliments issus des biotechnologies végétales, dont les pommes de terre, si elles présentent un avantage pour le goût ou pour la fraîcheur », indique Haven Baker.

C’est pourquoi Simplot ne s’émeut pas de la réaction prudente de certaines chaînes de restauration rapide –en particulier McDonalds, son principal partenaire depuis cinquante ans qui, dans un premier temps, ne sera pas le destinataire de ces pommes de terre. La stratégie de la firme consiste à cibler directement le consommateur américain à travers la vente de pommes de terre fraîches et coupées, distribuées dans les supermarchés. Les premiers tests auront lieu dès ce printemps, indique Doug Cole, l’un des porte-parole de la société.

Les anti-OGM à la manœuvre

La riposte des associations anti-OGM ne s’est bien entendu pas fait attendre. En France, Inf’OGM a dégainé la première en reprenant les arguments de l’organisme anti-OGM américain Center for Food Safety (CFS). « Doug Gurian- Sherman, scientifique et membre du Center for Food Safety, une organisation relativement méfiante vis-à-vis des OGM, explique que la technique utilisée pour faire taire les gènes en question, à sa- voir l’interférence d’ARN, n’est absolument pas maîtrisée, ni évaluée correctement », écrit son responsable Christophe Noisette. Le contraire aurait été surprenant ! Jamais à court d’arguments, il ajoute que « la question de l’alimentation est vaste et s’intègre dans un paradigme sociétal. L’arrivée des fast-foods et la suprématie de la frite s’expliquent par une certaine évolution de la société. Cette évolution nous convient-elle ? ». Autrement dit, ces nouvelles variétés de pommes de terre ne plaisent pas à Inf’OGM car elles s’inscrivent dans un modèle alimentaire qui favorise les frites congelées et le fast-food. Il fallait y penser ...

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