actualités 21 | 05 | 2007

Le protozoaire Nosema ceranae identifié aux Etats-Unis

Depuis que la majorité des états des Etats-Unis sont touchés par le phénomène d’effondrement des colonies d’abeilles, les théories les plus loufoques circulent sur Internet. Pour certains, la cause serait à chercher du côté des OGM, voire des réseaux cellulaires.

Pour d’autres - comme le président de l’association Kokopelli [1] , Dominique Guillet - ce phénomène signerait la réalisation de la prophétie du penseur ésotérique Rudolph Steiner, qui s’insurgeait dès 1923 contre « les forces mécaniques » de l’« apiculture moderne ». « Les abeilles disparaissent aujourd’hui pour nous livrer leur message ultime. Elles se détachent de l’humanité, elles s’en vont mourir en groupe. Par dizaine de milliards, et elles ont même la décence de ne pas encombrer de leurs cadavres leurs camps de concentration. Ultime délicatesse », commente Dominique Guillet dans Requiem pour nos abeilles, un récent document qui ne manquerait pas de charme s’il n’était pas un concentré d’inepties en tout genre.

Pendant que le militant écologiste plane dans les sphères mystiques, les chercheurs américains tentent, eux, de trouver des explications, certes plus terre à terre. Ainsi, une équipe d’une soixantaine de scientifiques est mobilisée depuis plusieurs mois sous la direction du Pr Diana Cox-Foster, du département d’entomologie de l’Université de l’Etat de Pennsylvanie. A l’heure actuelle, la piste la plus sérieuse semble être celle d’une infection due à un ou plusieurs agents pathogènes. En effet, dans une audition devant le Congrès le 29 mars 2007, le Pr Cox-Foster a souligné que « les enquêtes n’ont pas réussi à identifier les pesticides et les produits chimiques généralement utilisés dans les ruches d’apiculteurs exposés aux effondrements de colonies ». En revanche, elle a indiqué, sans plus de précisions, que « d’ores et déjà, plusieurs routes d’entrées aux Etats-Unis, qui auraient permis l’introduction accidentelle de nouveaux agents pathogènes, ont été identifiées ».

Il s’agirait, entre autres, du protozoaire Nosema Ceranae, dont la présence n’avait encore jamais été observée sur l’abeille Apis mellifera aux Etats-Unis, et qui fait aujourd’hui l’objet de recherches attentives de la part de plusieurs équipes de chercheurs - y compris au sein de l’armée américaine. Ainsi, le virologue Evan Skowronski, de l’U.S. Army’s Edgewood Chemical Biological Center (Maryland), a adressé quelques échantillons d’abeilles au Pr Joe DeRisi, du laboratoire de l’Institut Médical Howard Hughes, en Californie. Ce dernier s’était déjà fait connaître en 2003 en mettant en évidence la cause de l’épidémie du Syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS), après avoir été sollicité par le Center for Disease Control and Prevention (CDC) d’Atlanta. Utilisant un microscope à micro-assemblage d’ADN, le Pr DeRisi et son collègue le Dr Don Ganem ont réussi à identifier des spores de Nosema Ceranae sur les abeilles. Ils ont également mis en évidence la présence « d’un deuxième tueur potentiel, un virus du genre Iflavirus ».

Cette découverte est d’autant plus importante qu’elle confirme la conclusion de la toute dernière publication de l’équipe du Pr Julia Klee et du Pr Robert J. Paxton, de la School of Biological Sciences de l’Université de Belfast [2]. Pour ces spécialistes des pathologies de l’abeille, l’étendue mondiale de la dissémination du protozoaire Nosema Ceranae sur l’abeille Apis mellifera est maintenant une évidence. Elle requiert une attention très particulière de la part des apiculteurs et des pouvoirs publics. En effet, des expériences réalisées par l’équipe espagnole de Mariano Higes ont déjà démontré que dans certaines conditions en laboratoire, ce protozoaire devenait très pathogène pour l’abeille européenne, contrairement à son « cousin », le Nosema Apis. « A partir d’une certaine température - nécessaire à la germination des spores -, toutes les abeilles atteintes de la Nosemose ceranae mourraient au bout de seulement 8 jours », rappelle le chercheur espagnol.

Sans tirer de conclusions précipitées en ce qui concerne les phénomènes observés aux Etats-Unis, le Pr Cox-Foster a néanmoins déclaré que « le parasite Nosema ceranae pourrait bien être un facteur clé, même s’il n’est probablement pas le seul coupable » [3]


 [1]Kokopelli a récemment fait la une des médias suite à sa condamnation pour vente illicite de graines de plantes potagères (cf. L’arrière-boutique de Kokopelli, A&E N°44, janvier 2007).

 [2]Widespread dispersal of the microsporidian Nosema ceranae, an emergent pathogen of the western honey bee, Apis mellifera ; Klee, J. and al ; Journal of Invertebrate Pathology (2007).

 [3]Experimental infection of Apis mellifera honeybees with Nosema ceranae ; Higes et al. ; Journal of Invertebrate Pathology (2006).

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