Net recul de la production de blé bio entre les campagnes 2008-2009 et 2009-2010

actualités 21 | 01 | 2010

Net recul de la production de blé bio entre les campagnes 2008-2009 et 2009-2010

Selon les données rassemblées lors de la dernière réunion du groupe d’experts de FranceAgriMer [1], les surfaces bio consacrées aux principales grandes cultures (blé tendre, maïs, triticale et orge) accusent un très net recul entre les campagnes 2008-2009 et 2009-2010 : moins 13% pour le blé, moins 6% pour le maïs et moins 1% pour le triticale. Seule l’orge s’en sort avec une progression de plus 8%. Au total, il y avait pour la campagne 2009-2010 moins de 60.000 hectares de cultures en céréales bio, contre 63.300 ha en 2008/2009, soit une baisse de 4.000 ha (moins 6%). Bref, l’effet « Grenelle » se fait encore attendre. Certes, la levée du plafond des aides à l’hectare – principale mesure de soutien à la filière bio prise par l’ancien ministre de l’Agriculture, Michel Barnier – n’avait pas encore pu porter ses fruits, puisque l’annonce en avait été faite trop tardivement par rapport aux semis.

Reste à savoir si cela va suffire à convaincre les agriculteurs de franchir le pas de la conversion. En effet, il ne suffit pas d’avoir des surfaces pour obtenir de bons rendements. Or, pour le blé bio, l’estimation du rendement moyen stagne à 27 q/ha, soit le tiers des 77 q/ha enregistrés en blé conventionnel en 2009. Petit rappel historique : en 1980, Jean-François Mercier, qui soutenait alors une thèse pour son doctorat vétérinaire à l’Université Paul Sabatier (Toulouse) – intitulée Une agriculture microbiologique et écologique : l’agriculture dite biologique –, cite plusieurs études afin d’estimer les moyennes nationales des rendements de l’époque [2] . Selon une étude de J.L. Cabirol et B. Maruejouls, les rendements de 8 parcelles de blé bio tendre dans le Gers donnaient une moyenne de 42 q/ha en 1972 et de 43 q/ha en 1973. Une seconde étude (Carrère, Ensa de Toulouse), qui portait sur 9 exploitations bio, toujours dans le Gers, relevait des rendements moyens à 32 q/ha. Enfin, une troisième étude (Cadiou et Lefebvre) portant sur 30 exploitations de Bretagne indiquait des rendements de blé bio allant de 35 à 40 q/ha. Jean-François Mercier conclut : « Lors de nos visites chez les agriculteurs biologiques, nous avons pu confirmer ces chiffres en moyenne, mais surtout le fait qu’il existe une très grande hétérogénéité de résultats, allant de 15 à 70 quintaux l’hectare pour un blé par exemple. En conclusion, on peut dire que les rendements sont équivalents ou un peu inférieurs à ceux des exploitations voisines dans 60 à 70 % des cas, et nettement inférieurs dans 20 à 30% des cas. 10% des agriculteurs affirment obtenir des résultats supérieurs à ceux de leurs voisins pour le blé, l’avoine et l’orge ». Enfin, il écrit : « On peut constater cependant une tendance à l’augmentation des rendements, surtout due à la mise en place de réseaux de techniciens de l’agriculture biologique, qui contribuent à aider les agriculteurs ». Pourtant, trente ans plus tard, les rendements moyens en blé bio ont chuté d’au minimum 10 q/ha, voire 20, alors que les rendements en blé conventionnel ont doublé, se situant aujourd’hui entre 65 q/ha et 75 q/ha (71,8 q/ha pour 2005 ; 69,4 q/ha pour 2006 ; 64 q/ha pour 2007 ; 73,2 q/ha pour 2008).

Face aux 36,5 millions de tonnes de blé conventionnel produites en 2009 – dont environ 17 millions sont destinées à l’exportation, rapportant à la France 3 milliards d’euros –, les 73.000 tonnes de blé bio apparaissent comme des quantités peu significatives. Mais surtout, elles sont inférieures à la seule demande des meuniers, qui s’est élevée en 2009 à 75.000 tonnes. En conséquence, les importations de blé bio ont encore progressé l’année dernière : 35.000 tonnes, contre 33.000 l’année précédente. Bref, 2009 ne sera pas encore la grande année du blé bio !

[1Derniers chiffres disponibles à la date du 10 janvier 2010.

[2Une agriculture microbiologique et écologique : l’agriculture dite biologique, Thèse pour le doctorat vétérinaire à l’Université Paul Sabatier (Toulouse), Jean-François Mercier, 1980.

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