actualités 14 | 11 | 2007

OGM : Jean-Michel Lemétayer a-t-il été instrumentalisé ?

« Il n’y aura pas d’OGM dans les champs en 2008 », a déclaré José Bové dans Libération du 10 novembre. Le leader altermondialiste semble visiblement mieux informé de la volonté du gouvernement que le président de la FNSEA, Jean-Michel Lemétayer, en tout cas pour ce qui est des OGM. 

Eric Le Boucher, journaliste au Monde, aurait donc vu juste lorsqu’il écrivait le 30 septembre 2007 : « On a toutes raisons de penser que le swap du nucléaire à l’OGM des mouvements écologistes fait l’objet d’un accord avec le gouvernement et avec la CGT ». Bref, on aurait sacrifié les OGM sur l’autel de l’énergie nucléaire. Pour l’instant, tout laisse à penser que cette hypothèse est la bonne et que José Bové dit vrai. Les propos de l’entourage de Nathalie Kosciusko-Morizet, les premières mesures du gouvernement Fillon concernant le dossier OGM – la présence du militant anti-OGM Gilles-Eric Séralini dans la mission pour la gouvernance écologique confiée par Jean-Louis Borloo à Corinne Lepage ou la clause de sauvegarde sur le maïs MON 810, dont on voit difficilement comment elle pourra être levée à peine quelques mois après l’avoir activée –, vont en effet dans ce sens. Ce qui pose de sérieuses questions quant à la stratégie de Jean-Michel Lemétayer – qui a reçu la légion d’honneur des mains de Nicolas Sarkozy le jour même de sa déclaration sur l’acceptation d’un gel provisoire des OGM. De son propre aveu, le président de la FNSEA aurait « donné un bon coup de main à Jean-Louis Borloo pour le Grenelle ». En contrepartie de sa déclaration, il aurait obtenu l’assurance qu’une loi favorable aux cultures OGM soit votée, et ses effets applicables avant les prochains semis du printemps 2008. Un accord qui ne serait donc pas tenu par le gouvernement. D’ailleurs, Marie-Christine Blandin, sénatrice du Nord-Pas-de-Calais, a clairement annoncé le 18 novembre dernier, lors de l’émission télévisée Duel sur la 3, que la future loi ne permettrait pas la coexistence entre cultures OGM et non-OGM ! On peut donc se demander si le chef de l’Etat n’a tout simplement pas eu besoin de neutraliser le monde agricole pour pouvoir annoncer en toute tranquillité, lors de son grand show vert du 25 octobre 2007, un « gel sur les OGM pesticides », et se faire ainsi largement applaudir par les ONG présentes à l’Elysée.

L’autre hypothèse, c’est que Nicolas Sarkozy et Jean-Michel Lemétayer jouent une partie encore plus subtile, qui consisterait à sortir le dossier des OGM de l’impasse dans lequel il se trouve aujourd’hui. Le président du syndicat majoritaire aurait ainsi apporté son aide au gouvernement pour « calmer la situation » et lui donner du temps. Suite à un retournement de dernière minute, la future loi sur les OGM serait donc votée avant les semis, et les inquiétudes sur les OGM, soulevées par le chef de l’Etat lui-même lors du Grenelle, seraient magiquement dissipées grâce aux travaux d’une future autorité plus crédible que l’Efsa, l’Afssa et la CGB réunies. Mais alors, que feraient les associations anti-OGM, partenaires du Grenelle, sinon dénoncer un accord de couloir entre MM. Sarkozy et Lemétayer, dont la preuve mise en avant serait sans aucun doute la déclaration sur le gel des OGM de M. Lemétayer, qui n’aurait eu aucun effet pratique ? Les propos du président de la FNSEA ne feraient dans ce cas que discréditer toute loi favorable aux OGM.

Bref, quelle que soit l’hypothèse, Jean-Michel Lemétayer a été bien mal conseillé. A moins que, finalement, l’affaire ne se résume au fait que la FNSEA n’a aujourd’hui pas plus envie de défendre le dossier des OGM qu’elle n’a défendu il y a quelques années celui du Gaucho et du Régent TS. SI c’est le cas, tout s’explique…

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