pesticide : Ségolène Royal tire à vue et se trompe de cible

actualités 20 | 06 | 2014

pesticide : Ségolène Royal tire à vue et se trompe de cible

Comme l’a révélé la presse le 15 mai dernier, une vingtaine d’élèves d’une école girondine se sont sentis mal après l’épandage de pesticides sur des vignes attenantes à leur établissement scolaire.

L’incident, qui s’était produit dix jours auparavant à l’école primaire de Villeneuve-de-Blaye, un petit village de 390 habitants, a fait l’objet d’une enquête administrative, diligentée par la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt d’Aquitaine (Draaf) et par l’Agence régionale de santé (ARS). Ces deux organismes ont constaté que « les produits mis en œuvre le 5 mai étaient des produits autorisés, et régulièrement utilisés contre l’oïdium et le mildiou », a indiqué à la presse la préfecture de la Gironde. Sans apporter plus de précision sur la nature des fongicides mis en cause, la préfecture laisse clairement entendre que ceux-ci auraient été utilisés dans des « conditions inappropriées ».

Une mesure bien hâtive

Quelques jours plus tard, Ségolène Royal, qui mène une véritable chasse aux phytos, a profité de l’occasion pour annoncer « très prochainement » une interdiction des épandages de produits phytosanitaires « à moins de 200 mètres des écoles ». La ministre de l’Environnement a-t-elle pris la mesure des conséquences d’une telle décision ? A-t-elle demandé à ses services combien d’hectares de cultures –en particulier de vignes classées, notamment dans le Bordelais mais aussi en Bourgogne ou en Alsace– seraient concernés par une interdiction aussi radicale ? Rien n’est moins sûr.
 
En revanche, il est certain qu’une telle interdiction n’empêchera pas de nouveaux incidents du type de celui de Villeneuve-de-Blaye. À moins, bien entendu, d’interdire également les produits phytos autorisés en agriculture biologique. Car ce qui s’est passé le 5 mai, et qu’aucun média n’a relayé, est particulièrement dérangeant... pour le petit lobby du bio !

Soufre et boullie bordelaise

Comme de très nombreux établissements scolaires situés dans les campagnes, l’école de Villeneuve-de-Blaye est entourée de parcelles agricoles. En l’occurence, de quatre parcelles de vignes, dont deux ont été
traitées ce jour-là : le Château Castel La Rose, cogéré par Catherine Vergès –par ailleurs maire du village –, et le Château Escalette, un vignoble conduit en viticulture biologique. Selon les premières indications de l’enquête, l’épandage responsable de l’incident serait bien un traitement fongique contre l’oïdium et le mildiou, à base de bouillie bordelaise et de soufre, effectué aux alentours de 13h30 sur la parcelle bio. En effet, l’orientation du vent, tout comme les symptômes décrits par les enfants (picotements oculaires et maux de gorge), confirment une intoxication à partir de soufre en provenance de cette parcelle. « Ma fille sentait le sulfate à plein nez, je connais l’odeur », confirme un parent qui travaille à la vigne depuis une vingtaine d’années. « Elle a été malade pendant deux jours, pourtant elle a l’habitude d’être dans la vigne », poursuit-il.

L’impasse de la règlementation

Pourquoi des agriculteurs professionnels soucieux de la qualité de leur production et de la santé des consommateurs prennent-ils le risque d’épandre des fongicides bio non seulement en pleine journée, mais également par temps venteux, très vraisemblablement bien au-delà des 19 km/h réglementaires ? La réponse est simple : ils n’ont pas d’autre alternative ! En effet, ces solutions « softs » ont un grave inconvénient : elles ne permettent pas de protéger la vigne dans la durée. C’est pourquoi les traitements bio contre l’oïdium se multiplient, au rythme d’un par semaine. Et pour compliquer le tout, la région du Bordelais connaît depuis plusieurs années un climat capricieux, qui réduit considérablement les périodes d’épandage possibles. En effet, lorsqu’il ne pleut pas, il est très rare que le vent tombe sous la barrière des 19 km/h.

La réalité –celle que les pouvoirs publics refusent d’admettre–, c’est qu’il est impossible d’avoir un vignoble, même conduit en agriculture biologique, sans alléger la règlementation sur les épandages.

La réalité –celle que les pouvoirs publics refusent d’admettre–, c’est qu’il est impossible d’avoir un vignoble, même conduit en agriculture biologique, sans alléger la règlementation sur les épandages. C’est-à-dire exactement le contraire de ce que font nos responsables politiques depuis plusieurs années !

Or, plutôt que de dire la vérité, il a été convenu, lors d’une réunion qui s’est tenue entre responsables de l’administration et professionnels le vendredi 16 mai, de ne rien révéler sur l’origine bio de cet incident, l’objectif étant de calmer une situation devenue potentiellement explosive pour l’ensemble des vignobles français depuis que se multiplient les accusations contre les produits phytosanitaires. Cette hystérie collective a atteint un tel degré que l’institutrice, incapable de gérer l’incident, s’est retrouvée à l’hôpital pour malaise vagal, alors que les produits à l’origine des picotements et des maux de gorge étaient des produits naturels recommandés par les pouvoirs publics !

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