Procès Séralini/Fellous : les faux-pas de Maître Dartevelle

actualités 29 | 11 | 2010

Procès Séralini/Fellous : les faux-pas de Maître Dartevelle

Gilles-Eric Séralini a-t-il d’ores et déjà remporté une victoire dans la guerre médiatique qui l’oppose au Pr Marc Fellous dans le cadre du procès intenté contre le président de l’Association française de défense des biotechnologie végétales (AFBV) ? C’est en tout cas ce dont sont convaincus la centaine d’amis venus manifester leur soutien au chercheur de Caen, à l’occasion du procès qui s’est déroulé le 23 novembre 2010. Il est vrai que la rencontre avec plusieurs responsables politiques, notamment Corinne Lepage (CAP 21), Philippe Martin (PS), Marie-Christine Blandin (Les Verts) et Martine Billard (PG), n’a pu que réconforter Gilles-Eric Séralini, très entouré de ce groupe de militants anti-OGM habitués à l’événementiel médiatique. Juste avant le procès, ils avaient d’ailleurs organisé pour lui une conférence de presse afin d’offrir aux médias une première « mise en bouche », notamment au sujet de prétendues croustillantes révélations sur l’AFBV ainsi que sur deux brevets déposés par le professeur en médecine. L’essentiel des couvertures de presse du procès (20 minutes, Mediapart, Rue89), ainsi que le buzz internet créé à cette occasion, sont très positifs à l’égard du militant anti-OGM. Ils se résument à une reprise du compte-rendu de l’audience tel qu’il a été présenté par les amis du chercheur de Caen. Un compte-rendu pourtant pas toujours fidèle aux propos tenus...

Il est vrai qu’on pourrait difficilement s’attendre à ce que Corinne Lepage relate le moment fort du procès : la présentation par l’avocat du Pr Fellous des critiques « assassines » qu’ont suscité parmi la communauté scientifique les travaux de M. Séralini sur les biotechnologies. En revanche, cette présentation n’a pas échappé à Stéphane Foucart, journaliste au Monde. « Me Nicolas Bénoit a longuement cité les commentaires assassins que se sont attirés, dans la communauté scientifique, les dernières publications de M. Séralini sur les effets présumés des maïs de Monsanto », rapporte-t-il dans l’édition du 25 novembre. « L’avocat a pointé le décalage entre les conclusions réelles de ces travaux “qui ne démontrent aucunement la toxicité de ces OGM” et leur mise en scène, rappelant qu’ils avaient été présentés à la presse comme une “première mondiale” », ironise le journaliste.

Face à la critique argumentée de nombreux chercheurs et de plusieurs instances nationales ou internationales, comme le HCB, l’Anses (ex-Afssa) et l’Aesa, qui ciblait les erreurs de méthodologie des travaux de M. Séralini, le conseil de ce dernier a très maladroitement sorti de son chapeau deux brevets déposés par le Pr Fellous « au profit de la société Yeda Research et Development Co, située en Israël », que le professeur aurait « omis de préciser dans son CV ». Ce « scoop », largement repris et diffusé par Corinne Lepage sur Mediapart, suggérait que le Pr Fellous aurait été inféodé au « lobby des OGM ». Sauf que l’avocate oublie de préciser qu’aucun de ces brevets ne porte sur des plantes génétiquement modifiées ! Déposés il y a seize ans pour le premier, dix ans pour le second, ils concernent une molécule régulée par interféron dans le cadre de la lutte contre le cancer...

Quant au CRII-GEN, qui finance les travaux de M. Séralini, Me Bernard Dartevelle, l’avocat de ce dernier, n’a eu d’autre possibilité que de confirmer que l’essentiel de ses ressources provient bien d’organisations militantes anti-OGM avérées et revendiquées, à savoir : Greenpeace, la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme, la Fondation Denis Guichard, la Fondation pour une Terre Humaine et l’association Ceres. Me Dartevelle a juste oublié d’ajouter à cette liste non exhaustive le géant de la distribution Carrefour qui, après avoir financé le CRII-GEN, a lancé sa propre campagne pour promouvoir ses produits « sans OGM ».

Gilles-Eric Séralini ogm biotechnologie

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