Des légumes high tech pour bobos branchés

agronomie 24 | 11 | 2015

Des légumes high tech pour bobos branchés

Alors qu’en France, l’exploitation agricole de l’entrepreneur picard Michel Ramery –baptisée « Ferme des mille vaches » par ses détracteurs – continue de soulever des polémiques interminables, aux États-Unis, des projets beaucoup plus avant-gardistes apparaissent. Et ce, sans opposition citoyenne. En témoigne AeroFarms, la plus grande ferme urbaine construite dans une ancienne discothèque désaffectée située à Newark, dans la banlieue ouest de New York. Son objectif : produire plus de 1000 tonnes de légumes par an sur une surface de moins de 3700m2. Soit une productivité au mètre carré 75 fois supérieure à celle d’une ferme classique ! Ces performances sont rendues possibles grâce notamment aux douze étages de production d’AeroFarms. Outre-Atlantique, il existe déjà une petite quinzaine de ces fermes dites verticales.

Visite chez AeroFarms

« Sur l’ancienne piste de danse, entre des murs recouverts de graffitis, sept plateaux de végétaux éclairés par des rangées de néons sont empilés à la verticale [1] », témoigne Frédéric Autran, correspondant de Libération à New York. Chez AeroFarms, on cultive déjà roquette, épinards, choux, cresson et divers types de laitue. Sans herbicide ni insecticide, bien entendu, mais aussi sans terre, ni soleil. Et avec une consommation d’eau réduite au minimum absolu, soit une économie de 95%, grâce à la technique de l’aéroponie. À la différence de l’hydroponie, celle-ci consiste à faire pousser les racines dans une brouillard nutritif d’eau et d’engrais biologique. Un principe développé par Ed Harwood, ancien professeur de l’Université de Cornell.

AeroFarms utilise des algorithmes de croissance qui ont été étudiés pour plus de 250 variétés de végétaux. Par ailleurs, son équipe de 40 personnes réunit horticulteurs, informaticiens, ingénieurs en mécanique et spécialistes en lumière. Rien n’est laissé au hasard, et chaque nouvelle récolte fournit des dizaines de milliers de données informatiques, qui permettent ensuite d’optimiser les conditions de culture pour l’épanouissement des plantes. « Nous pouvons apporter tout ce dont la plante a besoin au bon moment », affirme David Rosenberg, le patron d’AeroFarms. Ce qui est d’autant plus précieux que ce type de culture s’affranchit des saisons et des aléas climatiques. « Nos plantes arrivent à maturité en douze à seize jours, contre trente dans un champ ; et nous pouvons faire entre vingt-deux et trente récoltes par an, là où une ferme classique n’en aura que trois », se félicite Marc Oshima, le cofondateur du projet. Également directeur marketing d’AeroFarms, ce dernier est convaincu de la prospérité du concept. « La demande dépasse déjà notre capacité de production », assure-t-il. Comme le rapporte Frédéric Autran, l’établissement d’AeroFarms ravit certains « caïds de la finance », comme la banque Goldman Sachs et l’assureur Prudential, qui ont apporté 33 des 39 millions de dollars nécessaires à sa construction. Mais également les jeunes citadins branchés « désireux de manger bio et local », qui sont convaincus des vertus environnementales de ce genre de fermes et sont séduits par la qualité gustative des produits, qui semble être au rendez-vous.

Fondateur de Wholesome Wave, une association qui milite pour l’accès des personnes à revenus modestes aux fruits et légumes de qualité cultivés localement, le célèbre chef américain Michel Nischan en témoigne. Selon Libération, il aurait été enchanté par les produits de la start-up de Newark, qu’il a eu l’occasion de tester. « Ils étaient remarquablement savoureux, avec une incroyable texture et une réelle densité d’arômes. J’ai été ébahi. C’était la première fois que je goûtais un produit cultivé en intérieur, à la lumière électrique, et je me suis dit : ”Waouh, je veux ça sur mon menu tout le temps !” », a-t-il commenté. Même éloge de la part de Frédéric Autran, qui a également testé les produits d’AeroFarms : « Si les quelques variétés de verdure goûtées par Libération au siège d’AeroFarms sont représentatives, cette critique [sur la mauvaise qualité gustative des plantes hors sol] semble injustifiée ».

[1Les paniers perchés de Newark, Frédéric Autran, Libération, 2 août 2015.

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