Nouveau revers pour les Faucheurs

biotechnologie 07 | 02 | 2013

Nouveau revers pour les Faucheurs

Le 25 mars 2013, le tribunal correctionnel de Tours a rendu son verdict dans l’affaire des tournesols issus de la mutagénèse saccagés par une centaine de Faucheurs volontaires le 24 juillet 2010. Suivant les réquisitions du parquet, les magistrats ont condamné Fabien Houyez et Bruno Stree à trois mois de prison avec sursis, ainsi qu’à une amende de 5 500 euros pour les préjudices matériels et moraux causés aux deux agriculteurs propriétaires des parcelles détruites. Le troisième prévenu, André Puygrenier, a en revanche été relaxé, faute d’avoir été formellement identifié comme faucheur actif.

Ce verdict montre toutes les limites de la stratégie déployée par la défense des prévenus. D’une part, leur tactique de la « dérobade » n’a fait qu’énerver les magistrats. En effet, le silence de 5 des 6 témoins des Faucheurs, qui ont refusé de s’expliquer suite au boycott des trois prévenus et de leur avocat, qui avaient quitté la salle lors du pro- cès, a lui aussi été sanctionné. Les 5 témoins – dont Guy Kastler, coordi- nateur général du Réseau semences paysannes, et l’agronome Marc Dufumier – ont été condamnés à 350 euros chacun pour avoir « failli à leur devoir de citoyen ». Le Président avait pourtant prévenu : on ne prend pas la justice en otage.

D’autre part, le tribunal a confirmé qu’il était bien question d’un acte volontaire de destruction de bien d’autrui, et non d’un acte citoyen. « Il ne peut être admis qu’au nom de convictions personnelles qualifiées opportunément de citoyennes, les prévenus s’arrogent le droit de décider de ce que doit recouvrir l’intérêt général et des modalités de sa protection par recours délibéré à la violence contre les biens », note le tribunal. En clair, les Faucheurs sont bel et bien des délinquants !

Évoqué à chaque procès, l’argument d’une action commise au nom de « l’état de nécessité » a lui aussi été balayé, les magistrats ayant au préalable rappelé que cet état « suppose qu’au moment où l’infraction est commise, le danger soit réel et actuel, excluant en cela toute allégation d’un danger seulement vraisemblable in abstracto ». Or, comme l’a rappelé Valentin Beauval, ingénieur agronome à la retraite et témoin des prévenus, « les destructions opérées n’avaient en réalité d’autre objectif que d’attirer l’attention des pouvoirs publics et de l’opinion publique ». « Cette déposition confirme encore s’il en était besoin l’absence de danger actuel ou imminent lors de la commission des infractions », souligne le jugement. Autrement dit, c’est entre autres sur la base de la déposition du seul témoin qui a daigné s’exprimer que les juges ont écarté l’argument des prévenus ! Mieux aurait valu qu’il se taise...

Enfin, sur le plan médiatique, ces rendez-vous juridiques n’ont plus grand intérêt. Hormis dans la presse régionale, le procès de Tours est passé totalement inaperçu. Le grand public se désintéresse de ces audiences. Même dans les rangs des Faucheurs, cette stratégie commence à être remise en cause. « On se trompe de cible », a d’ailleurs reconnu l’un d’eux lors d’un échange avec l’une des victimes, Fabien Labrunie.

Dans la profession, l’agriculteur est connu pour être indépendant et innovant. Adepte du semis direct,une technique compatible avec l’agroécologie version Stéphane LeFoll, Fabien Labrunie n’hésite pas à expérimenter. « J’avais mis en place 7 hectares d’essais avec 34 variétés différentes, dont 5 tournesols dits tolérants. C’est une nouvelle technologie qui permet de venir à bout des chardons en utilisant très peu de désherbant. On avait même organisé une visite technique régionale en juin, qui avait rassemblé 250 personnes. Un vrai succès ! Cette réunion était publique, les essais étaient visibles et pancartés. Et les publications dans la presse spécialisée ont été nombreuses », explique l’agriculteur, qui n’avait donc aucune raison de redouter l’action des Faucheurs. « Tout est transparent chez moi : tout le monde sait ce que je cultive et ce que je sème. Les techniques que j’ai mises en place sont connues et homologuées ; les variétés sont déjà commercialisées à grande échelle. Alors quand j’ai entendu, par la suite, les Faucheurs volontaires dire qu’ils avaient détruit des ”OGM cachés“, je me suis dit que, vraiment, s’il n’y avait rien de caché, c’était bien ici ! », déplore-t-il.

« Qui osera leur dire : “vos méthodes sont violentes et anti- démocratiques“ ? », s’était-il interrogé après le saccage de sa parcelle. La réponse est venue du tribunal. L’agriculteur s’en félicite.

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