Analyse inédite de la clause de sauvegarde du maïs OGM MON 810

biotechnologie 07 | 07 | 2013

Analyse inédite de la clause de sauvegarde du maïs OGM MON 810

Publié dans Nature Biotechnology, un article démonte les arguments « scientifiques » avancés en 2012 par le gouvernement Sarkozy afin de justifier le moratoire sur la culture du maïs OGM MON810. Marcel Kuntz, l’un de ses auteurs, répond aux questions d’A&E.

Vous avez publié une analyse des arguments « scientifiques » qui ont servi à justifier l’interdiction de la culture du maïs MON810 de Monsanto. Quelles sont vos principales conclusions ?

Pour prolonger l’interdiction de la culture de ce maïs protégé contre la pyrale et la sésamie avant les semis de 2012 en France, une note relative à une mesure d’urgence a été envoyée à la Commission européenne par le précédent gouvernement. Selon cette note, les impacts environnementaux négatifs de la culture du MON810 seraient de deux ordres : d’une part un dommage collatéral sur des espèces d’arthropodes non-cibles, d’autre part l’apparition de résistances au principe actif du MON810 et la résurgence de ravageurs secondaires. Toutefois, ces dernières considérations relèvent en réalité d’une gestion du risque et ne peuvent justifier une interdiction, qui doit s’appuyer sur un risque sérieux et immédiat pour l’environnement. Nous démontrons que la mesure d’urgence voulue par Nathalie Kosciusko-Morizet ne contient pas d’éléments nouveaux, et que de surcroît, elle tord les faits scientifiques !

Vous voulez dire qu’il y a une falsification des données scientifiques ? Sur quoi reposent de telles affirmations ?

Ce ne sont pas des affirmations, mais des faits ! En voici quelques exemples, tirés de notre article. Un avis de l’Agence européenne de sécurité alimentaire (AESA), consultable sur Internet, a tout simplement été détourné de son sens. « [...] l’AE- SA souligne dans son nouvel avis, rendu sur la base de ses nouvelles lignes directrices pour l’évaluation publiées en 2010, l’existence de risques environnementaux liés à la culture de ces OGM », peut-on lire dans le document français. Or, l’AESA indique que, « soumis à des mesures appropriées de gestion des risques, il est improbable que le maïs Bt11 [et donc MON 810] puisse poser des problèmes additionnels pour l’environnement par rapport à un maïs conventionnel ».

Le document français cite une étude conduite par Chambers et al., qui « met en évidence des effets négatifs sur la croissance de certains organismes aquatiques de la famille des trichoptères ». Mais le texte oublie la suite du paragraphe : « Nos résultats in situ ne confirment pas nos résultats obtenus en laboratoire ». En clair, les effets existent en gavage en laboratoire, mais pas dans la « vraie vie ».

Et ce n’est pas tout. Le document du gouvernement français abonde en références de publications scientifiques. Afin de clarifier les choses, nous avons interrogé quatre des auteurs cités, qui nous ont répondu sur des thèmes différents. Leurs réponses sont sans appel. « Il est inapproprié de citer nos recherches pour justifier une interdiction du MON810 ou tout autre maïs Bt », a ainsi clairement déclaré Fangneng Huang, professeur au département d’Entomologie de l’Université de Louisiane (USA). « La référence à notre papier (Meissle et al. 2011) comme preuve d’une épidémie de ravageurs secondaires dans le maïs Bt est incorrect e », nous a pour sa part répondu Jörg Romeis, l’un des auteurs de l’étude citée.

« La méta-analyse de Naranjo (2009) inclut 84 études portant sur la toxine Cry1Ab pure ou produite par des maïs Bt », indique encore la note française. Or, le professeur Steven Naranjo nous a écrit ceci : « Je ne sais d’où vient ce chiffre. Je n’ai jamais détaillé le nombre d’études dans chaque culture car la méta-analyse avait pour but d’examiner les tendances générales globales. En vérité, il y avait un total de 64 études en laboratoire sur l’impact de Cry1Ab, dont 50 sur le maïs, 3 sur le riz et 11 autres qui ont utilisé la protéine pure ».

Alors que la note française lui fait dire que « l’abondance des invertébrés non-cibles est globalement plus importante dans les parcelles de maïs conventionnels non traités aux insecticides que dans les parcelles de maïs MON810 », le professeur Naranjo a rétorqué : « Ce n’est pas vrai. La figure 4 de ma revue montre que seuls les parasitoïdes sont considérablement réduits dans le maïs Bt par rapport aux maïs non-Bt et non traités par des insecticides. L’utilisation d’insecticides dans le maïs non-Bt affecte négativement la plupart des groupes par rapport aux maïs non-Bt et non traités. » Et la liste est longue...

Cette supercherie a été rendue possible par le court-circuitage du Haut conseil des biotechnologies (HCB), qui n’était pas en place en 2008, mais existait bien en 2012. En effet, lors de la rédaction de ce document, qui cherche à trouver a posteriori des justifications dites scientifiques à une décision politique, les experts du comité scientifique du HCB n’ont tout simplement pas été sollicités. De plus, le présent document est courageusement... anonyme. On comprend pourquoi !

Quelle conclusion en tirez-vous ?

Tout cela est désolant ! D’autant plus que lorsque l’Italie a voulu à son tour justifier une décision politique similaire, elle n’a rien trouvé de mieux que de traduire mot à mot le texte français ! Ce qui nous fait dire que malheureusement, des pratiques qui bafouent les principes éthiques de la déontologie scientifique deviennent une norme européenne.

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