entretiens 03 | 07 | 2007

Docteur Johannes A. Jehle : « Des variations biologiquement explicables »

Dans le cadre du programme de recherche sur la sécurité biologique du ministère fédéral allemand de l’Education et de la Recherche (BMBF), le Dr Johannes A. Jehle, du Département de phytomédecine, protection des plantes et biotechnologies du Dienstleistungszentrum Ländlicher Raum (DLR) de Neustadt an der Weinstrasse (Allemagne), a réalisé une étude sur les variations des niveaux de toxine Bt dans le MON 810, portant sur les années 2001, 2002 et 2003. Ses résultats ont été publiés en avril 2007 dans la revue Journal of Plant Diseases and Protection.

Les résultats de vos prélèvements mettent en évidence des variations significatives de concentration de toxine Bt dans les plantes. Corroborent-ils ceux de Greenpeace ?

Dr Jehle : Nous avons en effet aussi démontré que l’expression de la toxine Bt varie de manière statistiquement significative selon l’organe de la plante étudié, son stade de développement, le site ou le climat. Cependant, dans son étude, Greenpeace mentionne des variations qui peuvent se situer, dans certains cas, entre 0,1 et 10 µg/g de poids frais, soit un facteur de 100. L’étendue des variations maximales que nous avons mesurées sur plusieurs années est elle inférieure à un facteur de 5, sauf pour un cas extrême, à 14. Les résultats de Greenpeace sont donc surprenants. En réalité, il est plus pertinent de comparer les coefficients de variation calculés à partir de l’écart-type et de la moyenne que de comparer des valeurs extrêmes. Or, dans nos recherches, ces coefficients variaient de 20 à 60 %, alors que Greenpeace note une variation supérieure à 200 % ! Cela signifie que pour notre durée de trois ans, en tenant compte des différences météorologiques extrêmes, nos variations étaient 3 à10 fois inférieures à celles de Greenpeace, mesurées seulement sur un an. En outre, nous avons utilisé un test de détection commercial (Quantiplate R de Envirologix), que nous avons validé dans nos laboratoires, alors que Greenpeace a visiblement utilisé une méthode de détection non validée. En conséquence, nos mesures et les siennes ne sont pas comparables. En revanche, ce qui est certain, c’est que nos résultats sont conformes à ceux provenant d’études précédentes. Ce qui n’est pas le cas des mesures de Greenpeace.

Considérez-vous comme agronomiquement significative l’étendue des variations présentée dans l’étude de Greenpeace ?

Si toutefois elles s’avéraient vérifiées, les variations mesurées par Greenpeace pourraient en effet avoir une signification en termes agronomiques. En ce qui nous concerne, nos variations restent dans une fourchette naturelle, explicable biologiquement. En outre, ce qui est plus important, c’est que nous ne constatons aucune indication directe d’instabilité génétique. Si tel était le cas, la variabilité devrait être beaucoup plus importante.

Dans l’étude de Greenpeace et dans la vôtre, les valeurs moyennes se situent en dessous des concentrations de Bt mesurées par Monsanto dans son dossier d’homologation. Comment l’expliquez-vous ?

Effectivement, nos mesures indiquent une moyenne de 30 à 40 % inférieure aux données publiées dans les années 1990 par Monsanto. Il serait utile d’avoir davantage de données comparables en provenance d’autres zones géographiques. Si le site et le stade de développement sont les paramètres les plus importants en ce qui concerne le niveau d’expression de la toxine, la génétique variétale joue aussi un rôle. Enfin, certaines variations de mesures peuvent résulter de la diversité des méthodes d’extraction et de la différence des standards de détection de la protéine.

Quels impacts sur l’évaluation du risque pourraient avoir des niveaux de Bt plus bas ?

Notre rôle consiste à fournir des données aux autorités responsables, qui procèdent ensuite à l’évaluation du risque. Cependant, d’après moi, les concentrations de Bt que nous avons mises en évidence ne changent rien à l’évaluation du risque, bien qu’elles soient plus basses, et malgré les variations observées entre les plantes. Je ne peux donc que confirmer l’avis de la CGB, qui stipule que « les éléments essentiels pour l’évaluation des risques sont l’efficacité de l’OGM sur les insectes cibles et son impact sur les organismes non-cibles, qui peuvent être évalués indépendamment de la mesure de la production de toxine Bt
 ».

http://www.gmo-safety.eu/en/news/568.docu.html

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