Sur huit patients traités par Tamiflu : quatre décès !

santé 05 | 01 | 2006

Sur huit patients traités par Tamiflu : quatre décès !

Administré à quelques malades atteints de la forme humaine de la grippe aviaire, le Tamiflu ne semble pas faire preuve d’une efficacité irréprochable. Alors que la fièvre médiatique entourant l’épizootie de grippe aviaire connaît un nouveau pic, les révélations sur le Tamiflu se succèdent dans la presse spécialisée.

De récentes publications japonaises ont ainsi fait état de l’émergence rapide de virus H1N1 (grippe A classique) au cours de traitements par oseltamivir (Tamiflu), à des doses apparemment insuffisantes, chez de jeunes enfants. De son côté, la revue Nature rapporte une observation effectuée par une équipe vietnamo-japonaise, qui décrit l’apparition d’une souche de H5N1 résistante chez une jeune fille traitée de manière prophylactique avec une faible posologie. Heureusement, après traitement à dose curative, la jeune patiente a pu guérir.

Plus inquiétant, le New England Journal of Medicine du 22 décembre 2005 rapporte le cas de deux malades soignés par une équipe vietnamienne, dirigée par le docteur Menno D. de Jong. Ces patients appartiennent à un groupe de huit personnes atteintes de la forme humaine de la grippe aviaire, et traitées par oseltamivir depuis le jour de leur admission, à la dose recommandée de 75 mg deux fois par jour. Sur ces huit patients, quatre sont décédés. Chez les quatre survivants, la charge virale mesurée sur des écouvillonnages de gorge pratiqués au cours de l’hospitalisation a rapidement décliné, pour devenir indétectable. En revanche, chez trois malades décédés sur quatre, le virus était toujours détectable en fin de thérapeutique (la quatrième malade est décédée au second jour du traitement, avec une charge virale croissante).

« Dans deux de ces quatre cas mortels, un virus résistant à l’oseltamivir, porteur d’une mutation H274Y sur le gène de la neuraminidase, a pu être identifié », explique le Dr Anastasia Roublev dans le Journal International de Médecine du 27 décembre 2005. Elle précise que « dans une de ces deux observations, particulièrement bien documentée, la jeune patiente âgée de 13 ans avait été traitée très tôt aux doses recommandées (au deuxième jour de la maladie), le diagnostic ayant été porté en raison du décès de sa mère de grippe aviaire la veille de son hospitalisation. L’évolution clinique a été satisfaisante jusqu’au troisième jour de traitement. Le quatrième jour est apparue une insuffisance respiratoire avec extension d’un infiltrat pulmonaire au cliché de thorax, et décès au septième jour malgré la réanimation. » Cette apparition rapide de résistance au Tamiflu chez plusieurs patients souffrant de la forme humaine de la grippe aviaire et traités avec les posologies recommandées soulève de nombreuses questions. « Doit-on préconiser des posologies d’antiviral plus élevées, une durée de traitement plus longue et/ou une utilisation d’emblée d’association d’antiviraux ? », s’interroge le Dr Roublev.

La résistance au produit vedette de la multinationale Roche laisse surtout planer un doute pesant sur l’efficacité du traitement prophylactique par Tamiflu en cas de pandémie. Bien que les responsables de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) continuent d’affirmer que le Tamiflu reste un « excellent choix », il n’en demeure pas moins que la stratégie thérapeutique adoptée par la France pour faire face à une théorique menace d’épidémie s’en trouve sérieusement ébranlée !

C’est à se demander si l’argent dépensé pour constituer les réserves de Tamiflu ne serait pas mieux utilisé pour compenser les pertes subies par la filière avicole, conséquences de l’emballement médiatique récent.

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