édito 04 | 03 | 2013

Farines animales : à quand un peu de bon sens ?

La nouvelle ne pouvait tomber à pire moment. En plein scandale sur la viande de cheval, la Commission européenne a confirmé le retour des farines animales, ou plutôt des PAT (pour protéines animales transformées) issues de volailles et de porcs, dans l’alimentation des poissons d’élevage.

La ministre de l’Écologie, Delphine Batho, a vivement réagi, déclarant penser « le plus grand mal » de cette décision. « Ce n’est pas dans la logique de la chaîne alimentaire que de donner de la viande à manger à des poissons », s’est-elle indignée. Afin de rassurer le consommateur, elle propose d’ajouter à la panoplie des labels existants un nouvel étiquetage : le « sans farine animale ». La réaction de la ministre n’est malheureusement pas isolée. Bien qu’approuvée en juillet 2012 par les experts des États-membres de l’Union européenne, la décision de Bruxelles a soulevé en France un concert d’indignations. Le président de la commission du développement durable de l’Assemblée nationale, Jean-Paul Chanteguet (PS), l’a qualifiée de « triple erreur, à la fois sanitaire, environnementale et éthique ». Le président de la Confédération de la boucherie, Christian Le Lann, s’est de son côté dit « indigné », estimant qu’« une fois de plus, Bruxelles cédait aux pressions de l’industrie agroalimentaire ». Quant à l’association Consommation, logement et cadre de vie (CLCV), elle a dénoncé une mesure « contreproductive et inopportune ». « Nous maintenons que ces matières premières, interdites suite à la crise de la vache folle, auraient dû le rester », écrit l’Association de défense des consommateurs.

À force de cultiver l’ignorance, on laisse grandir les peurs inutiles. Faut-il rappeler que cet assouplisssement proposé par l’Union européenne concerne des PAT constituées de matières premières issues de volailles et de porcs, c’est- à-dire d’animaux qui n’ont jamais été infectés par le prion ? Évoquer la vache folle dans ce contexte relève donc du pur amalgame.

En outre, l’aquaculture européenne est en pleine expansion. Elle a progressé de 35 % en l’espace de dix ans, et produit aujourd’hui près de 2 millions de tonnes de poissons et de crustacés par an. Même si l’usage des farines de poisson représente aujourd’hui 13% de la ration alimentaire des poissons d’élevage, contre 45% en 1995, le besoin de ces farines a explosé : il est estimé à plus de 5 millions de tonnes. Ce qui explique que 80 % du poisson pêché par les navires norvégiens en Atlantique Nord finissent dans les estomacs... des poissons d’élevage ! Ces PAT constitueraient donc un « substitut précieux aux farines de poisson », estime avec raison la Commission européenne. « Techniquement et écologiquement, réutiliser ces sous-produits est un bon choix », confirme Jean- Louis Peyraud, directeur de recherches à l’Inra.

Mais en France, le bon sens ne prévaut pas. C’est la vox populi qui dicte sa loi. Or, tout écologiste qui se respecte – Delphine Batho en tête – devrait se réjouir de l’évolution positive d’un dossier paralysé pendant trop d’années en raison de craintes injustifiées.

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