édito 21 | 07 | 2010

Larves d’abeilles ou côte de boeuf ?

Steak de scorpions et tarentules et sa purée de punaises, ou brochettes de sauterelles aux larves d’abeilles nappées d’un sirop de soja : voilà ce que pourrait bientôt proposer votre restaurant préféré en lieu et place du traditionnel faux-filet d’Aubrac ou du cassoulet de Castelnaudary.

« Nous avons besoin de sources de protéines alternatives, et les insectes en sont une », constate en effet Paul Vantomme, chercheur à la FAO. L’organisation onusienne « devrait encourager officiellement ses États-membres à maintenir et développer leur consommation d’insectes », explique Gaëlle Dupont dans Le Monde du 1er juin 2010. Aujourd’hui, 1 400 espèces d’insectes sont consommées en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Proposées autour de 2 000 yens (soit 18 euros) les 80 grammes, les larves d’abeilles, mélangées à du miel, font le régal des Japonais, tandis que les criquets pèlerins sont dévorés par les paysans africains en manque de protéines.

Pour les experts de la FAO, l’entomophagie comporte de nombreux avantages : elle permet de bénéficier des vertus nutritionnelles des insectes (richesse en lipides et en minéraux comme le zinc et le fer), mais surtout elle nécessite une moindre quantité de nourriture végétale, puisqu’il faut seulement 1 à 2 kilos de végétaux pour produire 1 kg d’insectes comestibles, contre 10 kg pour 1 kg de boeuf.

Déjà aujourd’hui, la firme hollandaise Bugs Organic Food vend des barres de müesli bio aux larves de coléoptères et des nuggets de poulet bio contenant des vers de farines. Certes, ce commerce reste encore très marginal. Mais l’entomophagie fait partie des pistes sérieusement étudiées par les experts de la FAO, qui cherchent désespérément des solutions pour fournir leur ration de protéines aux 9 milliards de personnes attendues d’ici à 2050.

La consommation d’insectes est la conséquence logique d’un raisonnement basé sur l’incapacité de l’homme à innover et à modifier son environnement. À force de prétendre que les ressources sont limitées et que l’homme doit s’adapter, l’entomophagie finit par s’imposer.

Pourtant, il existe une piste bien plus sérieuse, qui consiste à augmenter l’efficacité de l’agriculture. La hausse des rendements fait bien entendu partie de la solution. En à peine un siècle, les agriculteurs français ont ainsi pu multiplier par sept leurs rendements de blé (75 q/ha en 2010 contre 10 q/ha en 1910). La limite physiologique actuelle du blé étant estimée à 150 q/ha, la marge est encore grande ! Et ceci sans compter sur les promesses des biotechnologies, qui révolutionneront totalement l’agriculture de demain si toutefois les adeptes de la décroissance et leurs amis technophobes laissent le reste de la planète en paix. En neutralisant les facteurs anti-nutritionnels des plantes qui perturbent grandement la digestion des protéines et des sucres, leur masse nutritive consommable pourra être augmentée jusqu’à 50 %, entraînant une diminution proportionnelle des besoins en eau, en énergie et en intrants par protéine consommée. Si cette voie est retenue, les côtes de boeuf et les tournedos pourront être au menu de tous ceux qui le désirent...

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thèmes : agronomie

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