agriculture française : une guerre de sape qui ne dit pas son nom

édito 14 | 05 | 2014

agriculture française : une guerre de sape qui ne dit pas son nom

Petit-à-petit, les véritables intentions du ministre de l’Agriculture apparaissent au grand jour. Derrière des paroles rassurantes sur une agriculture économiquement performante, Stéphane Le Foll mène de fait une réelle guerre de sape contre l’agriculture française, l’un des derniers secteurs à participer encore positivement à l’économie nationale. Ainsi, sans aucune consultation des responsables agricoles, le locataire de la rue de Varenne a décidé de limiter encore l’usage de certains pesticides. Pire, sans même avoir exigé une étude d’impact préalable, ni pris en considération les pratiques de nos voisins européens, il veut modifier l’arrêté interministériel du 28 novembre 2003 qui fixe les conditions d’utilisation des produits phytosanitaires portant la mention « abeilles ».

Ce projet de révision a déjà fait l’objet d’une question parlementaire : le 12 décembre 2013, Chantal Jouanno s’est interrogée sur un éventuel assouplissement des règles d’épandage. C’était très mal connaître les intentions du ministre ! « L’objectif de la révision de l’arrêté est de lever le manque de précision de l’arrêté actuel, en particulier sur les termes “en dehors de la présence des abeilles“ », lui a rétorqué Stéphane Le Foll, qui est toutefois resté très discret sur son véritable objectif.

Lors de la présentation du Plan Abeilles, le 28 avril dernier, le ministre a enfin levé le voile : désormais, ces produits ne pourront être utilisés que dans les trois heures qui suivent le coucher du soleil. Pour asseoir une décision aussi lourde de conséquences, tant au niveau pratique qu’au niveau du droit social des salariés, il s’appuie sur une étude de l’Anses, qui aurait « révélé » une grande découverte : « les abeilles sont actives du lever du jour au coucher du soleil ». Partant de cette banale généralité, Stéphane Le Foll enjoint donc aux agriculteurs de ne traiter qu’à la tombée de la nuit. Et pendant trois heures au maximum, afin de ne pas retrouver les produits dans la rosée du matin, qui constitue le petit-déjeuner potentiel des braves butineuses. Ce n’est donc plus la présence ou l’absence d’abeilles qui détermine la période de traitement, mais le caractère purement théorique de leur présence.

On peut comprendre le souci du ministre au sujet de la santé des abeilles. C’est d’ailleurs aussi le souci de l’immense majorité des agriculteurs, qui limitent déjà leurs traitements au maximum. Jusqu’à présent, la mention « en dehors de la présence des abeilles » permettait une certaine flexibilité – et un dialogue avec les apiculteurs – sans pour autant mettre en péril l’activité des uns ni celle des autres. Cette année, les plus grandes mortalités ont d’ailleurs eu lieu en région d’estive, et non pas de grandes cultures. En revanche, ce que propose Stéphane Le Foll témoigne d’un manque de confiance totale envers le monde agricole. Pire, le ministre impose à ses représentants des conditions de travail iniques, les obligeant à travailler à des horaires grotesques, alors que la grande majorité du monde du travail se repose ou s’adonne à ses loisirs. Et ce, au risque de provoquer des accidents de nuit et des nuisances pour les voisins. Comble de l’absurde, pour le maïs, Stéphane Le Foll dispose d’une solution simple : autoriser les variétés résistantes à la pyrale. C’est-à-dire celles qui ne nécessitent pas de traitement. Elles existent déjà, et sont très efficaces. Mais monsieur le ministre n’en veut pas : il s’agit du maïs MON810 !

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