Le retour des biotechs se prépare...

édito 19 | 03 | 2015

Le retour des biotechs se prépare...

Cette année encore, les biotechnologies végétales se sont invitées au Salon de l’Agriculture, qui s’est tenu à Paris fin février. Lors de l’édition 2014, Stéphane Le Foll avait entrouvert la porte aux biotechnologies dites de « seconde génération », en prenant pour exemple le riz doré, « dans lequel on augmente la teneur en vitamine A, absolument nécessaire pour lutter contre la cécité ». Cette fois-ci, l’annonce est venue directement du Président Hollande, dans un entretien qu’il a accordé à AgraPresse à la veille de l’ouverture du Salon. « Notre pays doit poursuivre son effort de recherche publique sur les biotechnologies, ce qui suppose que les chercheurs français puissent faire leur travail en toute sérénité », a-t-il déclaré, tout en soulignant que l’objectif est « d’intégrer les avancées de la science dans le travail agricole ». Des propos confirmés quelques jours plus tard par Manuel Valls lors de sa visite au Salon. « Notre société a besoin de progrès, il faut que l’on soit derrière vous sur la biotechnologie », a rassuré le Premier ministre.

Attention ! Il n’est absolument pas question de permettre au maïs MON810, le seul OGM autorisé à la culture en Europe, de revenir en France, puisque comble du paradoxe, le gouvernement de Manuel Valls a voté le 2 juin 2014 une loi dont l’unique article stipule que « la mise en culture des variétés de maïs génétiquement modifié est interdite ». Or, l’adoption de la modification de la directive 2001/18 par le Conseil des ministres de l’Union européenne, qui permet à chaque État-membre de restreindre ou d’interdire la culture d’OGM sur tout ou partie de son territoire, limite la marge de manœuvre des organisations agricoles, qui n’ont désormais plus aucun recours contre ce genre de loi inique. Dans ces conditions, comment comprendre les déclarations de Valls et de Hollande en faveur des biotechnologies ? La réponse n’est pas évidente. Toutefois, il semble que l’exécutif soit de plus en plus conscient que la France risque de rater le train de l’innovation. En effet, dans tous les pays du monde où elles sont autorisées, les cultures transgéniques progressent. De nouvelles variétés présentant des caractéristiques intéressantes, tant pour les consommateurs que pour les agriculteurs, sont arrivées à la fin de leur processus d’homologation. Elles se trouveront bientôt dans les champs. D’autres plantes génétiquement modifiées sont déjà dans les cartons des grands semenciers, notamment un blé transgénique argentin. En outre, l’amélioration d’anciennes techniques, de même que l’arrivée de nouvelles (cisgénèse, mutagénèse dirigée, ciseaux moléculaires, interférence par ARN...), déjà largement appliquées dans le domaine médical, vont rapidement relativiser le rôle de la transgénèse. Les exemples en sont nombreux. Ainsi, des chercheurs allemands viennent de démontrer qu’il est possible de protéger des pommes de terre contre les doryphores simplement en utilisant les techniques d’interférence par ARN.

Quoi qu’en pensent les Faucheurs de sciences, la France n’a donc pas d’autre choix que d’investir dans le champ des biotechnologies végétales. À moins de vouloir passer à côté de cette nouvelle révolution...

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