Une Française lauréate du Prix Princesse des Asturies

édito 22 | 03 | 2016

Une Française lauréate du Prix Princesse des Asturies

Emmanuelle Charpentier microbiologiste et généticienne française lauréate de l’édition 2016 du prix L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science pour la région Europe

Article créé le 9 novembre 2015 et actualisé le 22 mars 2016

Viande cancérogène, perturbateurs endocriniens dans les cheveux, racket par les laboratoires pharmaceutiques, alertes aux particules fines, dégradation générale de la qualité de l’air, pesticides dans les pommes et les salades… bref, aujourd’hui, les campagnes anxiogènes visant à faire croire aux Français que rien ne va plus ont atteint leur paroxysme.

Outre-Pyrénées, l’heure est en revanche plutôt à la célébration des progrès de la science, et en particulier de ceux touchant aux biotechnologies. Comble de l’ironie, c’est une microbiologiste française qui a obtenu le prestigieux Prix Princesse des Asturies délivré le 31 octobre dernier par la Fondation Princesa-de-Asturias. Après le Pr Luc Montagnier en 2000, Emmanuelle Charpentier, mondialement connue pour ses travaux sur la technique CRISPR/Cas9, devient ainsi la deuxième personnalité française à recevoir ce prix dans la catégorie Recherche et Technique.

JPEG - 33.2 ko
Emmanuelle Charpentier et Jennifer Doudna lauréates du Prix Princesse des Asturies

«  Depuis six ans, elle enchaîne les conférences et les distinctions », souligne la journaliste scientifique Dorothée Browaeys. Qualifiés de « nouvelle chirurgie moléculaire », ses travaux ouvrent sans aucun doute des possibilités vertigineuses. La découverte d’Emmanuelle Charpentier – et de sa collègue américaine Jennifer Doudna – met en effet un terme à l’une des principales lacunes des outils de modification du génome, à savoir l’incertitude sur l’emplacement des modifications génétiques. C’est en étudiant un phénomène de résistance utilisé tout naturellement par les bactéries contre les virus que ces deux chercheuses ont mis en évidence ce qui est devenu l’objet de leurs travaux, en l’occurrence le repérage et la modification d’une zone précise du génome. En théorie, le fonctionnement est simple : la zone-cible est repérée grâce au système dit CRISPR (Clustered Regularly Interspaced Palindromic Repeats), puis la bactérie procède à sa découpe grâce à une « enzyme tête chercheuse » appelée Cas9 afin de neutraliser l’action du virus.

Précise, efficace et ultra-rapide, la technique CRISPR/Cas9 se révèle aussi simple que la fonction « rechercher-remplacer » d’un ordinateur, estime Feng Zhang, professeur d’ingénierie biomédicale au Broad Institute de Cambridge (Massachusetts). En 2014, elle a d’ailleurs fait l’objet de non moins de 600 publications scientifiques ! Cet outil est universel, puisqu’il peut permettre toute forme de « retouche génomique » sur n’importe quel génome à un prix défiant toute concurrence. Ce qui le rend utilisable y compris par des étudiants en biologie. Même le journaliste anti-OGM du Monde Stéphane Foucart reconnaît que cette puissante méthode fait des « merveilles »…

Et ce n’est qu’un début ! Dans un article paru le 25 septembre 2015 dans la revue Cell, Feng Zhang a annoncé la découverte d’une autre enzyme (Cpf1), encore plus performante que Cas9. Alors que cette dernière nécessite deux molécules ARN pour couper l’ADN, Cpf1 n’emploie qu’une seule molécule. Et surtout, la nature de la coupure de l’ADN est différente, « encore plus facile à contrôler », précise Feng Zhang.

La découverte d’Emmanuelle Charpentier serait-elle déjà dépassée par sa version CRISPR2.0 ? Certains n’hésitent pas à le penser.

CRISPR-Cas9 Prix Princesse des Asturies recherche scientifique biotechnologie