L'écotaxe, une bêtise borlooesque

édito 31 | 10 | 2013

L’écotaxe, une bêtise borlooesque

Inventée par le gouvernement précédent, l’écotaxe à la française est une imbécillité environnementale. Bien entendu, tout le monde sait que cet impôt n’aura aucune incidence sur le bon état de la planète. Comme l’a rappelé Jean-Paul Bigard, le [président du syndicat des entreprises françaises des viandes, « l’absurdité de l’écotaxe, c’est qu’il n’y a pas d’alternative au transport routier pour les animaux vivants collectés dans les fermes, ni pour les produits frais ou surgelés à livrer sous température dirigée ». Ce n’est donc pas en ajoutant une taxe qu’on diminuera les émissions de gaz à effet de serre – si tel est vraiment l’objectif.

En réalité, le terme « éco » a simplement été accolé à celui de « taxe » afin de rendre la ponction moins amère, à un moment où l’ancien président Nicolas Sarkozy et son ami Jean-Louis Borloo fantasmaient encore sur l’idéologie verte. Cette petite erreur de casting a coûté bien cher à l’ex-président. Et elle explique en grande partie le malaise de l’opposition sur ce dossier. Jean-François Copé a beau essayer de rattraper le coup en expliquant aujourd’hui que ce dispositif avait été imaginé « pour financer la création d’équipements » et que « sa mise en œuvre, en période de croissance économique, aurait eu du sens », il n’est pas très crédible.

Car l’écotaxe est également une aberration économique. Comme l’a admis à sa manière José Bové, lors d’un entretien sur BFM le 22 octobre dernier, « l’écotaxe est une bonne chose... mais uniquement sur le principe ». Dans la réalité en revanche, c’est une tout autre histoire. D’abord, son coût de collecte est démesuré (environ 27 %, contre 8 % en Allemagne, pays qui propose aux routiers un réseau d’autoroutes gratuites). Ensuite, elle ajoute une charge supplémentaire aux entreprises créatrices de biens physiques et donc de richesses, non pas en fonction de leur valeur mais de leur poids et de leur volume. Enfin, elle est discriminatoire envers les petites productions locales. Ce qui n’est pas le cas en Allemagne, où elle n’est exigible que pour les poids lourds à partir de 12 tonnes, et non 3,5 tonnes comme c’est le cas en France. Résultat, outre-Rhin, deux-tiers des camions assujettis à la taxe poids lourds sont étrangers.

Le patron de la FNSEA, Xavier Beulin, a donc eu bien raison de ne pas se satisfaire des « adaptations » proposées par les ministres de l’Économie, Pierre Moscovici, et de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, mais d’exiger l’ajournement pur et simple d’une taxe qui incarne l’écologie punitive.

Et il a été entendu. Le 29 octobre, à l’issue de la réunion à Matignon, Jean-Marc Ayrault a annoncé « la suspension de la mise en œuvre de l’écotaxe » sur tout le territoire français. Certes, le Premier ministre a tenu à préciser que cette suspension ne signifiait pas suppression. « L’écotaxe doit être corrigée, mais elle doit être mise en œuvre, car elle est nécessaire », a-t-il insisté. Ce n’est pourtant pas l’avis de Christian Troadec, maire divers gauche de Carhaix-Plouguer, qui estime qu’« une connerie sous un gouvernement de droite reste une connerie sous un gouvernement de gauche ». Le plus raisonnable serait donc de la ranger au musée des bêtises borlooesques.

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