L'écologie, c'est fini ?

édito 21 | 09 | 2012

L’écologie, c’est fini ?

À lire le très militant chroniqueur du Monde Hervé Kempf, l’écologie serait finie. Dans sa tribune parue le 2 septembre dernier, l’auteur de Comment les riches détruisent la planète s’indigne. « Pendant notre absence, on a pris soin de l’environnement comme jamais », ironise-t-il. Visiblement, Hervé Kempf a mal digéré la suggestion de José Bové de « tuer les loups », les déclarations respectives d’Arnaud Montebourg et de Delphine Batho sur « le nucléaire, une filière d’avenir », ainsi que le soutien de la ministre de l’Écologie au projet d’aéroport Notre-Dame-des-Landes, qui serait, selon elle, « une infrastructure dont nous avons besoin ». « On murmure qu’elle dispose d’un plan secret permettant de faire pousser le blé sur le ciment et d’éviter que les avions émettent des gaz à effet de serre », se moque l’écologiste en chef du Monde. Il est vrai que les temps sont durs pour les adeptes de la Décroissance ! Le député-maire de Bègles (Gironde), Noël Mamère, a ainsi indiqué être « tombé de l’armoire [sic] » en apprenant ces diverses déclarations. « C’est une action concertée et préméditée », a-t-il ajouté, suggérant que le PS aurait lancé une véritable entreprise de démolition de l’écologie. « C’est aux socialistes de nous expliquer ce qu’ils cherchent. [...] Est-ce qu’ils veulent que la conférence environnementale tourne au fiasco ? », menace-t-il. Pour le député EELV, « les propositions des écologistes sont aujourd’hui méprisées et oubliées ». « On ne va pas avaler ce type de couleuvres trop longtemps », a-t-il donc bruyamment fait savoir.

« Cela se passe bien pour l’écologie politique », a aussitôt rétorqué le numéro un du parti écologiste, Pascal Durand. « On a très clairement décidé de participer à cette majorité présidentielle, de le faire avec loyauté », a-t-il rappelé lors de l’université d’été du PS à La Rochelle. L’honneur est aussi sauf que le silence des ministres EELV Cécile Duflot et Pascal Canfin, acculés à cette terrible solidarité gouvernementale, est lourd... Comme le remarque Olivier Picard, chroniqueur au Nouvel Obs’, les ministres d’EELV ne sont pas les seuls à rester cois. « Les députés écologistes sont clairement marginalisés. Même pas des supplétifs. Ils s’impatientent, nous confient-ils sur le refrain de la frustration, mais en attendant, ils s’embourgeoisent silencieusement dans le confort institutionnel du Palais Bourbon et dans les velours moelleux du Sénat », remarque le journaliste. Dur constat ! Qu’importent les quelques annonces –si rassurantes pour Mme Duflot– prononcées par le président de la République lors de la Conférence pour l’environnement, l’écologie n’intéresse plus ! Comme le souligne une analyse récente publiée par l’Institut Gallup, « la volonté première du monde n’est plus la paix, la liberté ou même la démocratie, ce n’est pas d’avoir une famille, ni un Dieu, ni de posséder une maison ou un terrain. La volonté du monde est d’abord et avant tout d’avoir un bon travail. Tout le reste vient après. [ ...] C’est un énorme changement sociologique de l’humanité. » Après une décennie de grand-messes focalisées sur le réchauffement climatique, l’épuisement des matières premières, la déforestation, la biodiversité et la sauvegarde des espèces menacées, le changement est on ne peut plus radical. Il semblerait que cette réalité ait été parfaitement intégrée par le PS, mais pas encore par ses alliés de circonstance...

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