La fin des traitements de semences est elle programmée ?

édito 26 | 11 | 2012

La fin des traitements de semences est elle programmée ?

À entendre les différents intervenants de l’Assemblée générale de l’Union française des semenciers (UFS), l’horizon des semenciers français serait sans nuage. La « loi semences » en cours de préparation au sein de l’Union européenne répond aux principales attentes de la profession, dont le chiffre d’affaires ne cesse de croître. Le dossier des exportations de semences traitées avec des produits qui n’ont pas ou plus d’AMM en France est plus ou moins « sous contrôle », de même que celui de la présence fortuite d’OGM dans les semences conventionnelles, la Commission européenne n’étant pas pressée de s’occuper de ces deux sujets sensibles. Enfin, rien n’indique que la loi sur les certificats d’obtention végétale (COV) – à l’origine d’une forte controverse médiatique lors de son adoption l’année dernière – ne soit remise en cause. Bref, voilà au moins un secteur qui se porte plutôt bien, et qui rapporte chaque année son petit lot de devises, pour le plus grand bonheur de notre balance commerciale.

Et pourtant, la météo bruxelloise annonce un ciel particulièrement orageux, signe d’une forte tempête à venir. En effet, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa), sollicitée par la Commission dans le cadre de l’évaluation du risque abeilles, vient de rendre publique sa proposition d’établir de nouvelles lignes directrices pour les demandes d’homologation des produits de la protection des plantes. Son projet est naturellement plus exigeant que ce qui est aujourd’hui demandé aux pétitionnaires. À tel point que certains experts se demandent s’il sera désormais posssible d’homologuer de nouvelles matières actives utilisables en traitements de semences.

En parallèle, l’agence européenne doit donner un avis revisité sur les produits de la famille des néonicotinoïdes (thiaméthoxam, imidaclopride, etc.), que les apiculteurs, soutenus par une myriade d’associations écologistes, ont en ligne de mire depuis de nombreuses années.

Or, les dossiers d’homologation de ces matières actives ayant été établis selon les anciennes lignes directrices, des éléments manqueront inévitablement pour répondre aux exigences que posent les nouvelles. Il est donc fort probable que les experts de l’Efsa bottent en touche, estimant ne plus pouvoir donner un avis éclairé au regard des nouveaux critères. Si cette hypothèse se confirme, il reviendra alors à la Commission, et par conséquent à un commissaire de la Santé qui vient juste de commencer son mandat, de trancher. Ce dernier prendra-t-il le risque de se mettre l’opinion publique à dos ? Rien n’est moins sûr ! Le scénario le plus probable est que la Commission se déchargera de ce dossier brûlant... en laissant à chaque pays la possibilité de choisir. Les États auront ainsi toute liberté d’autoriser ou d’interdire les traitements de semences à base de ces matières actives. Certains ministres de l’Agriculture – dont Stéphane Le Foll – ayant clairement fait savoir ce qu’ils pensaient de cette technique, on peut redouter la suite. Les pertes économiques et environnementales qu’occasionnerait, en Europe, une interdiction générale des traitements de semences, n’ont jamais été réellement calculées. La publication d’un tel document devient aujourd’hui incontournable.

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