Le choc de compétitivité est-il au rendez-vous rue de Varenne ?

édito 10 | 02 | 2014

Le choc de compétitivité est-il au rendez-vous rue de Varenne ?

Lors de la remise du Grand Prix de l’Association française des journalistes agricoles (Afja), le 22 janvier dernier, Stéphane Le Foll a rappelé que les termes de compétitivité et de solidarité ne s’opposaient pas. En social-démocrate assumé, il a souligné qu’il ne pouvait y avoir de redistribution de richesse sans création préalable : « On ne peut pas penser solidarité si on ne produit pas assez de richesse ». La France est clairement dans ce cas aujourd’hui, comme en témoigne le solde négatif de sa balance commerciale. Priorité donc au redressement du pays, a martelé le ministre de l’Agriculture.

Et de ce point de vue, tout est bon à prendre ! Même un projet aussi controversé que celui de la Ferme des 1000 vaches qui, selon les propres termes de Stéphane Le Foll, suscite « une espèce de fantasme »... Certes, ce projet n’est pas son modèle. Pas tant à cause de sa grandeur, d’ailleurs –« dans ce genre d’exploitation, les vaches ne sont pas forcément malheureuses », a même osé le ministre – que parce qu’il ne repose que sur un seul investisseur – en l’occurrence le richissime homme d’affaires Michel Ramery, qui règne sur le BTP dans le nord de la France. À l’instar d’Olivier Thibaut, secrétaire général des producteurs de lait de la Somme, Stéphane Le Foll aurait préféré un regroupement d’agriculteurs indépendants. Car le problème avec les investisseurs –et les capitaux–, c’est comme avec l’amour : ça va, ça vient et ça repart... « Et qu’est-ce qui reste après ? Plus rien ! », déplore le ministre. Tandis qu’avec des agriculteurs, l’activité reste pérenne. En tout cas, en théorie.

Dans la pratique, en effet, l’affaire est beaucoup plus complexe. En agriculture comme ailleurs, une entreprise n’est pérenne que si elle reste compétitive. Le secteur de la viande, qui traverse l’une de ses plus graves crises, en est la preuve cruelle. C’est pourquoi les entreprises doivent pouvoir investir. Comme les capitaux ne viendront certainement pas d’un État dont les caisses sont vides, elles doivent dégager un bénéfice, ou avoir un projet suffisamment séduisant pour attirer des partenaires financiers externes, prêts à parier sur l’avenir.

La Loi d’avenir agricole (LAA) ne répond à aucun de ces deux impératifs. Elle ne dessine pas de cadre stable pour les agriculteurs. Elle ne fixe aucune orientation innovante, si ce n’est un vague concept fourre-tout d’agroécologie, décliné en une multitude de micro-projets réunis sous la forme des fameux Groupements d’intérêt économique et environnemental. Enfin, elle n’est en aucun cas assez attractive pour susciter l’intérêt des investisseurs.

Portés notamment par la FNSEA, Coop de France, l’APCA et les JA, les États- généraux de la filière agricole, qui se tiendront le 21 février prochain à Paris, visent sans ambiguïté à combler ces insupportables lacunes de la LAA. « Il s’agit de remettre l’agriculture à la place qui doit être la sienne au niveau européen et mondial », a insisté Xavier Beulin, lors de la présentation de ses vœux à la presse. Le président de la FNSEA compte sur la présence du Premier ministre à l’évènement. Visiblement, il n’attend plus grand-chose du locataire de la rue de Varenne...

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