Le prix de l'impunité

édito 05 | 06 | 2014

Le prix de l’impunité

Le 28 mai dernier, un acte de vandalisme a été commis en plein cœur du Limousin. Non pas contre de prétendues variétés de colza, maïs ou vignes transgéniques, mais contre de simples pommiers. Pendant la nuit, 1 600 petits arbres résistants à la tavelure, plantés il y a tout juste un mois et n’ayant jamais été traités, ont en effet été totalement détruits. De même,180 pommiers adultes de variété golden ont été saccagés. Les fanatiques n’ont laissé aucune revendication, si ce n’est un panneau tagué « pseudo-agriculteur, halte aux pesticides ». Le même jour, une cinquantaine de militants de la Conf’ ont pénétré dans une propriété privée – la ferme des mille vaches, près d’Abbeville – pour procéder à une « opération de démontage » de la salle de traite. Qu’importe que le tribunal administratif d’Amiens ait rejeté leur demande de suspension du permis de construire délivré l’an dernier ! Ces militants prétendent « incarner » le droit. Huit jours auparavant, une horde de voyous, liée au même réseau d’amis de José Bové, avait saccagé, de nuit également, plus d’un hectare d’essais agricoles mis en place par le Centre technique des oléagineux (Cetiom) dans le cadre de programmes d’expérimentation de nouveaux itinéraires agronomiques. Là aussi, ces talibans modernes prétendaient agir au nom de leur « droit ». À l’instar de leur maître, José Bové, qui a détruit durant ce même mois de mai une parcelle de maïs OGM, plantée alors que la loi le permettait encore.

Des pommiers détruits, des essais piétinés, du matériel agricole démonté, du maïs arraché... Mais aucun procès et aucune sanction. Bien au contraire ! Lorsque ces actions ne sont pas ouvertement saluées par certains responsables politiques, elles s’inscrivent dans un contexte de mise en cause constante des pesticides par la nouvelle ministre de l’Environnement, Ségolène Royal. Et pendant que cette « voyoucratie » se développe, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, ne trouve rien de mieux que de convoquer la presse pour exhiber les cinq ruches installées dans les jardins de la rue de Varenne. Ou de visiter, tout sourire face aux caméras, une exploitation agricole pour présenter son « plan de lutte contre les cambriolages et les réseaux criminels ». La belle histoire !

En réalité, le ministre fait bien peu pour stopper ces réseaux criminels, et encore moins pour arrêter les agissements délictueux de ses alliés politiques, membres de la Conf’ et des Verts. Pire, il laisse faire, alors que ce climat délétère n’est pas sans rapport avec la hausse du vote FN dans le milieu rural. À croire que l’analyste politique Éric Zemmour n’a pas tort lorsqu’il affirme que l’Élysée rêve d’un Front national fort. Totalement impuissant face à la crise économique, François Hollande ne peut en effet prétendre à sa réélection que s’il provoque un 21 avril 2002 à son avantage. C’est-à-dire s’il se présente au second tour de l’élection de 2017 face à Marine Le Pen. Pour réussir son pari machiavélique, deux conditions sont requises : obtenir des Verts qu’ils ne présentent pas de candidat en 2017 et poursuivre le lamentable spectacle que livre l’opposition républicaine.

Est-ce donc étonnant si la France poursuit sa désintégration économique ? Rien qu’en avril, le nombre de demandeurs d’emploi n’ayant pas du tout travaillé a progressé de 14 800. Il a atteint 3 626 500, alors que le nombre total de demandeurs d’emploi a dépassé les 5,2 millions. De même, est-ce étonnant de voir des secteurs entiers de l’agriculture française, agroécologique ou non, s’enfoncer chaque jour davantage dans la crise ?

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