édito 11 | 05 | 2010

Quand Nicolas Sarkozy confond blé et lavande

Depuis les régionales, le président de la République a lancé son « Opération reconquête ». Notamment auprès du monde rural, qui l’avait plébiscité lors de l’élection présidentielle de 2007. Son discours entrepreneurial avait en effet séduit les agriculteurs, qui lui avaient apporté davantage de voix qu’à Jacques Chirac cinq ans auparavant. Au début de son mandat, le chef de l’État pouvait donc se targuer d’une popularité frisant les 87 % chez les agriculteurs. Du jamais vu ! Or, à peine trois ans plus tard, sa cote de popularité est tombée à 47 %. Et la chute est d’autant plus rude que rien ne semble pouvoir l’arrêter. En pleine crise laitière, le Président a beau annoncer un plan d’aide d’urgence de 1,6 milliard d’euros, rien n’y fait : il décroche encore de 9 points dans les sondages.

Certes, la crise financière est passée par là, ne laissant aucun chef d’État indemne. Certes, privilégier les écolos bobo à la Hulot au détriment des paysans n’était sûrement pas la meilleure stratégie. « Nicolas Sarkozy a beaucoup de difficultés avec le monde paysan », commente Jean-Michel Le Métayer. Enfin, on peut admettre que cet homme de la ville, qui n’a aucun ancrage dans le terroir, ne soit pas très à l’aise avec la France rurale. Mais cela n’explique pas tout. Car l’ensemble des faux pas commis par le locataire de l’Élysée depuis le début de son mandat – que ce soit le recyclage d’un discours dans des circonstances inappropriées ou le fait de ne pas saisir la portée symbolique de ses propos contre les OGM – pose la question pertinente de la compétence de ses conseillers. Celle-ci vient d’être une nouvelle fois prise en défaut, lors de la visite du Président à Samuel Herblot, céréalier à Buno-Bonnevaux (Essonne). À cette occasion, le chef de l’État a voulu jouer la simplicité et se montrer « sensible aux difficultés des céréaliers ». Une tâche d’autant plus nécessaire que le bilan de santé de la PAC, arbitré par Michel Barnier, a porté un coup très sévère au secteur des céréales. Monde de l’image oblige, les photographes ont été conviés en nombre afin d’immortaliser Nicolas Sarkozy en compagnie de l’agriculteur présentant sa culture : le blé. Pour marquer son intérêt, le chef de l’État a cueilli un épi, qu’il a, comme mû par un réflexe primitif, porté à ses narines. Et la photo a fait le tour des campagnes. Signe tout symbolique d’un homme qui sent le végétal. Le sensuel face à l’intellectuel.

Sauf qu’à ce stade de développement, le blé ne dégage aucune odeur ! En effet, en avril, le blé est en pleine période de tallage, un moment essentiel où la plante renforce son enracinement et prépare sa croissance. Mais il n’y a rien à sentir ! Ce petit geste n’a pas échappé aux agriculteurs. « Sarko chez les céréaliers : il s’y connaît vachement, remarquez sa reconnaissance olfactive du doux parfum du blé. On se demande s’il n’a pas confondu avec la lavande ! », se gausse l’auteur d’un mail qui circule sur le Net. A-t-on osé expliquer cette maladresse au chef de l’État ? Quoi qu’il en soit, ni François Mitterrand, ni Jacques Chirac n’auraient commis un tel impair, car ils connaissaient les gestes à faire, et surtout, à ne pas faire ! Au lieu de sentir le blé, Nicolas Sarkozy aurait pu en observer les racines. Cela lui aurait permis de laisser subtilement entendre qu’il s’intéresse également aux racines du monde rural. Celui dont il tente à tout prix de reconquérir la confiance.

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