L'avis des experts : rien à cirer !

édito 23 | 06 | 2016

L’avis des experts : rien à cirer !

Reconnaissable à son art de la mise en scène, son mépris envers les experts, son arrogance caractérisée et sa surdité notable, la « méthode Royal » est parfaitement résumée dans un très surprenant entretien que la ministre de l’Environnement a accordé, avec plusieurs fonctionnaires de son administration, à l’occasion d’un point-presse. Enregistrés par nos confrères d’Europe1, ces échanges ont fait l’objet d’un buzz sur les réseaux sociaux.

Le 4 juin dernier, Ségolène Royal a de fait convié des journalistes au ministère de l’Environnement pour communiquer au sujet des inondations. Elle souhaitait faire passer la Normandie en vigilance rouge –un niveau d’alerte pourtant considéré par les experts de Météo France comme inapproprié.

« Est-ce qu’il ne faut pas passer tout de suite en vigilance rouge ? », a ainsi demandé la ministre. « D’un point de vue purement météorologique sur les orages, ça ne vaut pas un rouge », lui a répondu l’expert de Météo France. « Non mais il n’y a pas que les orages, Monsieur, il y a le reste ! », a-t-elle répliqué avec dédain. « Malgré les fortes marées attendues, nous devrions rester largement sous le seuil de déclenchement de la vigilance rouge. Il nous semble que la vigilance orange constitue le niveau requis pour la région de Rouen », a répliqué le directeur du service central d’hydrométéorologie et d’appui à la prévision des inondations, qui participait à la réunion par vidéoconférence. Ce dernier a précisé à Ségolène Royal que le seuil de vigilance rouge se situe aux alentours de 9 mètres, alors qu’on se trouvait alors sous les 8 mètres. À trois reprises, les experts ont donc tenté de raisonner la ministre. Peine perdue ! Elle avait déjà pris sa décision : la vigilance rouge serait déclenchée le soir même. Ce qui a été fait sans raison valable. L’alerte a d’ailleurs été abandonnée dès le lendemain matin !

Cet échange surréaliste est révélateur d’un nouveau phénomène particulièrement dangereux : l’agonie de l’expertise scientifique. Une agonie qui se manifeste tant lors d’un simple déclenchement d’alerte vigilance que sur des sujets aux conséquences beaucoup plus graves, comme l’interdiction de certains pesticides. Aujourd’hui, les experts sont devenus inaudibles. Leur avis n’importe que dans la mesure où il conforte la position des élus. Sinon, il est balayé. Comme le note le journaliste du Figaro Marc Mennessier au sujet du glyphosate, « l’affaire est révélatrice d’un profond changement de société : alors que, d’un point de vue scientifique, les signaux sont au vert, les gouvernements préfèrent céder à leur opinion publique, chauffée à blanc par une propagande savamment orchestrée, plutôt qu’aux agences d’évaluation indépendantes, composées d’experts compétents. Vox populi, vox dei : la raison serait-elle en train de céder le pas à la tyrannie de la peur et des émotions ? ». La réponse se trouve bien entendu dans la question...

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