édito 03 | 01 | 2013

Stéphane Le Foll et le « hollandisme »

Lors de l’assemblée générale de la Confédération générale des planteurs de betteraves (CGB), le président Éric Lainé a interpellé le ministre de l’Agriculture au sujet de la transition énergétique. « Vous imaginez bien qu’au moment où est lancé un débat national sur la transition énergétique et que l’on en exclut a priori les biocarburants, qui font pourtant partie du bouquet énergétique français, en déclarant d’entrée de jeu une pause et une pénalisation fiscale, cela a de quoi surprendre ! », l’a-t-il apostrophé. Certes, l’initiative de freiner la progression des biocarburants émane plus des bureaux de la Commission européenne –qui a changé les règles du jeu en cours de route en diminuant ses objectifs d’incorporation de 10 à 5 % – que de ceux du ministère français. Il n’en reste pas moins que c’est bien Stéphane Le Foll qui a décidé de plafonner à 7 % le taux maximal d’incorporation des biocarburants dits de première génération, alors que la filière avait pour horizon un taux acté de 10%. Ce qui avait d’ailleurs justifié un investissement collectif de plus d’un milliard d’euros de la part de l’ensemble des acteurs de la filière. Or, selon Stéphane Le Foll, cette « pause » est indispensable pour « limiter les effets de la hausse des prix des céréales ». Un argument jugé inapproprié par les professionnels.

Bien conscient de ses limites, le ministre a donc précisé le contexte dans lequel sa décision a été prise. À l’en croire, il aurait mis la filière à l’abri des écologistes radicaux, qui voulaient profiter de la conférence sur l’Environnement pour réduire davantage le poids des biocarburants dans le paquet énergétique. Preuve de sa bonne volonté envers les betteraviers, n’a-t-il pas entravé les initiatives des services du ministère de l’Environnement, qui souhaitaient donner la préférence à l’alcool vinique et donc diminuer davantage la part de l’éthanol issu de céréales et de betteraves ? Enfin, n’a-t-il pas procédé à l’octroi d’agréments complémentaires aux unités de production pour la période 2013–2015 en maintenant le niveau de fiscalité ? En tout cas, le message est passé cinq sur cinq chez les participants à l’AG, qui ont découvert un ministre plutôt « ami » et à l’écoute.

Nous voilà dans cette affaire au cœur du « hollandisme » tel qu’il a été défini par Laurent Bouvet, professeur de sciences politiques à l’université de Versailles- St-Quentin-en-Yvelines. Avec son « sens de l’équilibre et de la permanente quête d’un compromis entre positions adverses », le pouvoir actuel gère admirablement le point de rencontre entre différentes forces antagonistes. Quitte à les susciter là où elles n’existaient pas vraiment. Le hic, c’est que cette stratégie n’est pas toujours la plus avantageuse pour l’environnement et l’économie. En effet, en plafonnant le taux d’incorporation des biocarburants, on maintient mécaniquement celui de l’essence, et donc de ses polluants, alors que l’utilisation de bioéthanol les réduirait avantageusement. En outre, l’État se prive de recettes. Car en dépit d’une fiscalité attractive, les biocarburants rapportent des taxes supérieures au kilomètre, dès lors qu’ils sont utilisés... Autrement dit, le « hollandisme » a lui aussi ses coûts indirects.

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