Isabelle Saporta / Le livre très noir

revue de livre 10 | 05 | 2011

Isabelle Saporta / Le livre très noir

Avec son Livre noir de l’agriculture, la journaliste Isabelle Saporta réalise une malenquête, comme d’autres font de la malbouffe...

Au départ, la fondatrice de la maison de production « Et la suite… », Rachel Kahn, avait confié son projet à Périco Légasse, un journaliste qui doit l’essentiel de sa carrière à son mari, Jean-François Kahn. L’idée était de produire un livre couplé à un documentaire télévisé, vendu à France 3. Un choix certainement facilité par le fait que Rachel Kahna dirigé pendant plus de huit ans les magazines culturels de la chaîne publique. Cependant, après avoir rédigé le scénario, le chroniqueur gastronomique de Marianne a jeté l’éponge. Il a recommandé pour le relayer une pigiste de l’hebdomadaire, Isabelle Saporta. « J’ai été engagée après le début de cette enquête », reconnaît l’auteure de cet ouvrage de commande, programmé pour une sortie concomitante avec l’édition 2011 du Salon de l’Agriculture. Bref, de quoi assurer le succès commercial de cette belle opération de marketing...

Or, si l’on pouvait s’attendre à une enquête sérieuse, force est de constater que le résultat n’est pas au rendez-vous. Isabelle Saporta a en effet choisi un genre « volontairement catastrophiste et anxiogène », utilisant des « formules racoleuses qui desservent le propos plus qu’elles ne le servent », estime ainsi la journaliste au Monde Laetitia Van Eeckhout. Autrement dit, elle a choisi de faire de la malenquête, comme d’autres font de la malbouffe... Par manque de connaissance des réalités agricoles, l’essentiel des commentateurs de son livre n’ont pas été en mesure de relever les erreurs magistrales qu’il contient. Dommage !

Le tri sélectif d’Isabelle Saporta

Ainsi, on cite la FAO, dont les modèles « suggèrent que l’agriculture bio a le potentiel de sécuriser l’offre de nourriture mondiale », mais on ne dit rien des démentis de la même FAO, qui a fait savoir que ces propos ne l’engageaient pas. On explique que les importations de soja « exposent les revenus de nos agriculteurs aux aléas des marchés mondialisés et ruinent les petits paysans du bout du monde », sans jamais préciser que les exportations de céréales – et notamment de soja – ont apporté au Brésil et à l’Argentine une manne économique qui les a sortis de la misère. On assène que « le maïs consomme une quantité d’eau astronomique », alors que cette magnifique plante exige moins d’eau pour produire un kilo de matière sèche que le blé, l’orge et la pomme de terre.

Même les quelques données chiffrées sont des plus approximatives. Ainsi, les rendements de blé sont de « 95 quintaux à l’hectare selon les agriculteurs, 80 selon les autorités, à croire que ces dernières veulent se montrer moins productivistes qu’elles ne le sont vraiment », écrit Isabelle Saporta. Alors que les vrais chiffres disponibles auprès de FranceAgriMer indiquent 72,4 q/ha pour 2010/2011 et 77,1 q/ha pour 2009/2010. La culture du maïs nécessite 2 millions de litres d’eau chaque année, soit « l’équivalent de la consommation de 400 Français », explique encore l’ex-pigiste de Marianne. Sauf qu’elle se trompe d’un facteur de 10 ! Car la consommation d’eau annuelle moyenne d’un Français n’est pas de 5 m3 mais de 50 m3. Et si l’arithmétique n’est pas son fort, la chimie ne l’est visiblement pas davantage ! L’atmosphère des hangars où sont stockées les pommes n’est pas « enrichie en CO2 », comme elle l’écrit, mais appauvrie en oxygène, ce qui permet la mise en hibernation des pommes et évite qu’elles ne vieillissent par le processus de respiration. Enfin, « Isabelle Saporta invente quelques pratiques agricoles, comme l’usage d’hormones ”d’accrochage” sur le pommier dès la première floraison », ironise Pierre Varlet, animateur à l’Association nationale pommes poires (ANPP)...

Noirs, son livre et son reportage sont noirs... de ce genre d’inventions et de demi-vérités, qui laissent planer de sérieux doutes sur son enquête, pourtant revue par un « comité d’experts », comme l’annonce fièrement Éric Guéret, le réalisateur du documentaire, sur le site du WWF.

Faux prétexte

Mais il y a pire : dès le début, Isabelle Saporta a biaisé ses intentions afin d’obtenir des témoignages. « Je prépare actuellement un documentaire pour France 3 sur la thématique ” Nourrir 10 milliards d’individus en 2050 ”. L’idée étant de comprendre comment faire de la qualité en se pliant aux impératifs de la société moderne », écrivait-elle à la coopérative Savéol, dans un mail daté du 25 mai 2009. Nourrir le monde, voilà un sujet flatteur qui ouvre les portes... Le fruit de son enquête a pourtant montré que son but était tout autre.

Daniel Sauvaitre, un arboriculteur charentais, confirme cette prise de rendez-vous sous un faux prétexte : « C’est le 29 juin 2009 que j’ai reçu Alexandre Le Guienne et un caméraman. Un ami m’avait fait part de son projet de documentaire et me l’avait présenté comme un journaliste sérieux et bien intentionné. Quelle agriculture allait permettre de nourrir neuf milliards d’individus sur terre en 2050 était son sujet. » Or, bien qu’il ait longuement expliqué son métier à l’équipe de tournage, aucun de ses propos n’a été retenu dans le reportage. À croire que l’équipe d’Éric Guéret n’était pas venue
pour écouter, mais simplement pour filmer un « arboriculteur industriel ».

Témoignages arrangés

Après le tri de l’info, viennent les témoignages arrangés et les citations hors contexte. Exemple : chez Syngenta, Isabelle Saporta a eu droit à une visite de l’usine de fabrication des semences traitées guidée par Laurent Péron, le dir-com’ de la firme suisse. « Il semble avoir été formaté “sur mesure“ pour faire passer aux journalistes un message clair : les photos, c’est beau. D’ailleurs, votre guide a les yeux bleus et ne porte pas de charlotte sur la tête, mais une jolie casquette en plastique », écrit Isabelle Saporta. La couleur des yeux de son guide n’est pas la seule information essentielle qu’elle a retenue : « Nous pénétrons alors dans une salle où une énorme machine brasse et produit un liquide d’un coloris sublime destiné à traiter les grains. Le produit en question doit ses magnifiques irisations métallisées au mica, qu’on ajoute dans le colorant des grains de blé. Le même mica que l’on retrouve dans les rouges à lèvres ! En résumé, on rend les grains de blé sexy pour attirer le regard des agriculteurs. On utilise donc un marketing identique pour vendre du blé traité et des cosmétiques. » Isabelle Saporta prend-elle vraiment les agriculteurs pour des demeurés ?

« Les commentaires sont une pure trahison et d’une malhonnêteté intellectuelle peu courante », déplore pour sa part Daniel Sauvaitre. « Pour traiter ses pommes, l’employé de Daniel Sauvaitre doit revêtir une véritable combinaison de cosmonaute. Impossible sinon de manipuler ces produits chimiques hautement toxiques », explique Isabelle Saporta dans son livre. Pourtant, ces produits « hautement toxiques » sont labellisés Agriculture Biologique ! Daniel Sauvaitre avait bien entendu apporté cette précision à l’équipe d’Éric Guéret. Mais dans la présentation binaire de l’agriculture dont témoignent le reportage et le livre, l’« arboriculteur industriel » utilise des « produits toxiques », alors que celui qui pratique l’agriculture biologique a recours à des « techniques alternatives ». Ainsi, Michel Delhommeau, arboriculteur bio, « utilise par exemple la confusion sexuelle », assène Isabelle Saporta, qui ajoute qu’« on pourrait mettre en oeuvre ce procédé dans les vergers industriels, bien sûr ». Toutefois, elle omet de préciser que Daniel Sauvaitre applique cette technique depuis déjà dix ans sur 100 % de ses vergers !

Certes, la journaliste n’a jamais mis les pieds dans l’exploitation de l’arboriculteur – contrairement à ce que laissent supposer son livre et le reportage. « C’est le choix du réalisateur de me mettre en scène, je n’ai pas eu mon mot à dire… », se défend-elle. En revanche, elle a bien eu en mains le rapport Écophyto de l’Inra, abondamment cité dans son livre. Or, ce document indique que 40 % des vergers français de pommiers et poiriers sont traités par confusion sexuelle. Comme le remarque avec pertinence un internaute, « elle ne pouvait donc pas ne pas voir l’importance de l’utilisation de la confusion sexuelle. J’en déduis pour ma part que sa description ”d’arboriculteurs industriels” réticents à l’utilisation de la confusion sexuelle est volontairement erronée et, partant, calomnieuse. »

« Le bidonnage continue »

Et ce n’est pas tout. « Le bidonnage continue de plus belle », commente Daniel Sauvaitre au sujet de l’analyse des fruits censés provenir de son verger. « L’assertion est complètement fausse », poursuit-il, puisque les pommes Belchard filmées dans le reportage présentent un sticker « Mouneyrac », un grossiste de Rungis connu pour mettre sur le marché d’excellentes pommes, mais qui n’est pas un de ses clients ! « Isabelle Saporta m’avait appelé l’hiver qui avait suivi le reportage pour savoir où trouver nos pommes », se souvient l’arboriculteur. Bien que son associé lui ait donné plusieurs adresses de magasins dans Paris, Isabelle Saporta a rappelé « pour me dire qu’elle avait été infoutue d’en trouver à ma marque. Ce qui ne l’a pas empêchée de dire que ce sont les miennes qu’elle a fait analyser », s’insurge l’arboriculteur. Ici, l’enquête minutieuse vire à la dénonciation calomnieuse puisque le documentaire affirme que ses pommes sont « contaminées par un pesticide interdit en France » . Interpellée à ce sujet par Daniel Sauvaitre, qui a révélé l’affaire sur son blog, Isabelle Saporta a confirmé que ce n’étaient pas ses pommes qui avaient été analysées. « C’est la seule partie de l’émission que je n’ai pas faite. J’ai été engagée après le début de cette enquête », se justifie-t elle, renvoyant la responsabilité à la maison de production. Le hic, c’est que contrairement à ses assertions – et comme en témoigne son mail du 25 mai 2009 –, Isabelle Saporta était déjà en charge du documentaire en mai 2009.

« Les pommes sont bien celles de Daniel Sauvaitre, ce ne sont pas celles qui apparaissent au début du film dans le supermarché », a immédiatement recadré Jeanne Fabrice, directrice de production du documentaire.
Message reçu cinq sur cinq par Isabelle Saporta, qui modifie aussitôt son discours sur les forums de discussion. « Ne croyez pas ce que vous voyez sur Internet. Et faites confiance à ce que vous voyez. Deux années d’enquête, un vrai travail de terrain pour réaliser mon livre. Et le reste n’est que fantaisie », écrit-elle. N’hésitant pas à dégainer l’arme fatale, elle menace : « Demain, je saisis mon avocat pour faire fermer ce site et ses propos injurieux, diffamatoires et antisémites ». Accuser à tort un agriculteur ne poserait aucun problème éthique. En revanche, dévoiler les méthodes singulières d’une journaliste constituerait un acte antisémite... Bien entendu, aucune suite judiciaire n’a été donnée par l’avocat de la révoltée. Quand le ridicule frise la paranoïa...

S’y ajoute l’incompétence de François Veillerette, le patron de Générations Futures, sollicité pour apporter son « expertise » dans le reportage. « François Veillerette, autoproclamé spécialiste des produits chimiques, commente et, surprise, il trouve un produit qui ne devrait pas être là, le carbendazime, puisqu’il n’est plus homologué en France. Ce qu’il ne semble pas savoir, le Très Sain, c’est qu’il y a toujours une Limite Maximale de Résidus (LMR) pour cette matière active, puisque plusieurs produits chimiques parfaitement homologués se dégradent en carbendazime. Donc cet échantillon, qui n’est pas issu de mes vergers, est bien heureusement complètement conforme à la réglementation en vigueur », corrige Daniel Sauvaitre. Qu’importe. Le coup est parti et les pommes de l’arboriculteur finissent injustement au banc des accusés...

« L’hiver, on mange des boîtes de conserve »

De même que les malheureuses tomates de Pierre-Yves Jestin, un agriculteur du Finistère Nord qui apparaît dans le Livre noir comme un affreux « productiviste ». « Je me souviens parfaitement de cette rencontre. D’autant plus que la journaliste a dévoré mes tomates cerises les unes après les autres, les couvrant d’éloges », relate aujourd’hui le producteur. En revanche, pas un mot sur le fait que depuis 25 ans, Pierre- Yves Jestin – et avant lui son père – gère les traitements contre la mouche blanche avec des méthodes compatibles avec l’agriculture bio (lutte avec des insectes prédateurs). Ni sur le fait que son exploitation utilise moins d’eau pour cultiver ses tomates que la quantité totale d’eau récupérée à partir des toits de ses serres.

De toutes les explications, Isabelle Saporta n’en a retenue qu’une : « le gazage des tomates sous serre » ! « En réalité, on récupère le gaz carbonique du chauffage qui, capturé par la tomate, est transformé en matière organique. Cela s’appelle la photosynthèse... », ironise Pierre-Yves Jestin. Mais Isabelle Saporta ne jure que par les tomates produites au grand air et en pleine terre. C’est-à-dire celles qui se cultivent entre juin et octobre. « La tomate, ça doit être consommé l’été, et l’hiver on mange des boîtes de conserve », enseigne-t-elle. En réalité, si on éliminait en France toutes les cultures de tomates sous serres, les conséquences économiques seraient catastrophiques ! Car à moins de voter une loi pour interdire la consommation de tomates fraîches en hiver, les importations exploseraient. En été, la production serait divisée par quatre en raison des faibles rendements de ces
« véritables variétés anciennes, faites pour pousser au soleil et produire des fruits deux mois dans l’année » dont Isabelle Saporta raffole mais qui ne se vendent pas, faute de consommateurs convaincus. « Dans le midi, un simple orage peut endommager les tomates au point où celles-ci ne se
vendent plus au kilo, mais au litre »
, ajoute Jean-François Proust, animateur du Forum Phyto, qui rappelle que « même en l’absence d’orage, les simples variations de températures, la rosée du matin et le vent favorisent les attaques de champignons (notamment le mildiou), qu’il faut alors traiter en rattrapage. Isabelle Saporta suggérera peut-être d’utiliser le sulfate de cuivre, un fongicide bio utilisé depuis plus d’un siècle et dont on sait qu’il porte atteinte à la vie des sols... ».

Et le pain

Après la tomate : le pain. Là aussi, l’ignorance est flagrante, puisqu’Isabelle Saporta confond allègrement pain complet et pains spéciaux. « C’est que le pain complet nécessite plus de travail, plus de temps, plus de savoir-faire. Bref, il coûte cher au boulanger et se vend au final assez peu », écrit l’ex-pigiste de Marianne. Or, si la pesée est certes plus complexe dans la mesure où il y a plusieurs ingrédients, le processus de fabrication est exactement le même que pour une baguette. Voire plus court en raison du temps de fermentation. À croire que faire du pain reste un grand mystère pour celle qui appartient « à la génération surgelé-boulot-dodo ». Et on peut, visiblement, lui faire croire tout et n’importe quoi. Par exemple, que « ces additifs ajoutés à ces excellents pains santé sont tous, sans exception, made in China ». Ce qui est faux. « Dans les recettes qui le nécessitent, nous utilisons trois principaux additifs : E300, E471 et E472. Les deux derniers, qui sont des anticloques et servent pour le volume et la tenue du pain, proviennent exclusivement de producteurs européens. Le E300, dont nous contrôlons régulièrement la qualité, est effectivement d’origine asiatique. Ce sont de simples vitamines C », corrige Bertrand Clerc, responsable des achats d’une entreprise française spécialisée dans la conception et la production d’ingrédients de panification. Mais pour Isabelle Saporta, le « made in China » est nécessaire afin d’alimenter un discours anxiogène.

Contrairement à l’assiette, la cigarette tue

« Bien souvent, on absorbe un cocktail chimique en croyant consommer un pain bon pour votre santé », assène l’auteure, dont le discours vire au catastrophisme : « L’assiette devient tout risque ». Son pamphlet se termine sur les maladies provoquées par les pesticides. Première citée : la maladie de Parkinson, dont « le risque augmente avec le nombre d’années
d’exposition »
. Ce qui est vrai. Tout comme le fait que le premier pesticide incriminé dans cette maladie est un insecticide bio, interdit en Europe depuis 2007 et pour lequel les producteurs bio français ont obtenu une dérogation : la roténone ! Dommage qu’Isabelle Saporta ne le précise pas. Les producteurs et consommateurs bio seraient mieux avertis...

Vient ensuite le cancer. « Rien que sur l’année 2009, il y a eu une augmentation de 16,8 % des cas de cancers en France. Le coût humain de cette terrible maladie est effarant », alerte la journaliste, qui rapporte de manière très sélective certains chiffres de l’InVS et du National Cancer Institute. Mais surtout, elle évoque cette redoutable maladie sans mentionner sa principale cause : la cigarette (responsable de plus de 30 % des décès causés par cancer). Même si tel n’est pas le sujet de son livre, cette information aurait figuré utilement aux côtés d’une autre information, également absente : le fait que l’espérance de vie dans les pays occidentaux ne cesse de progresser et que notre assiette, contrairement à la cigarette, y contribue largement.

De l’hypothèse à la certitude

Enfin, la journaliste mentionne les myopathies mitochondriales. Principalement héréditaires (par la mère), ces pathologies affectent la chaîne respiratoire, qui est également la cible d’un certain nombre de fongicides, dont ceux de la famille des strobilurine. C’est un fait connu. Cependant, cette famille de fongicides, dont la molécule est issue d’un champignon, est largement utilisée sans qu’on ait pu observer dans le monde agricole une surincidence de myopathies mitochondriales.

Pourtant, Isabelle Saporta instrumentalisme le cas malheureux d’un technicien agricole, Sylvain Médard, « rendu malade à cause d’une molécule, la strobilurine, contenue dans un fongicide ». Cette affaire a fait l’objet d’un procès en 2005, à l’issue duquel la Coopérative Capsom a été condamnée pour n’avoir pas fourni à son employé une protection adéquate alors qu’il était exposé aux pesticides. Il s’agit effectivement d’une « faute inexcusable », que la médecine du travail aurait dû notifier bien avant l’occurrence de la maladie.

La strobilurine est-elle pour autant responsable du malheur de Sylvain Médard ? Quelques jours après le procès, le Pr Arnold Munnich – qui aurait établi un lien entre cette molécule et l’état de santé de Sylvain Médard lors du procès a
tenu à préciser sa pensée : « J’ai travaillé, en collaboration avec un biochimiste de l’hôpital Necker, sur une liste fournie par Sylvain Médard de produits qu’il avait eu à utiliser dans le cadre de son travail. Les strobilurines étaient le poison le plus efficace sur la chaîne mitochondriale ce qui nous a amenés à émettre l’hypothèse d’un lien direct avec la myopathie de Sylvain Médard. Mais étant donné la faiblesse de l’expérimentation à ce sujet, nous restons pétris de doutes. » « J’avais émis un avis avec une grande prudence et je m’étonne de la certitude qui entoure aujourd’hui le jugement », poursuit-il. « Hypothèse », « pétris de doutes », « grande prudence », voilà des termes qu’Isabelle Saporta ne semble pas connaître. En tout cas, qui ne figurent pas dans son livre.

En revanche, ses certitudes la conduisent à des conclusions comme seuls des citadins déconnectés de la réalité des pratiques agricoles peuvent en livrer. Car selon elle, la voie du salut serait dans les « rotations des cultures, le choix de variétés rustiques résistant naturellement aux maladies, l’association de céréales et de pois pour éviter de mettre des engrais, bref, tout ce que faisaient nos grands-parents dans leurs champs, armés de leur seul bon sens paysan ». Autrement dit : la solution serait dans le retour au modèle agricole du début du siècle dernier ! C’est d’ailleurs ce qu’aurait enfin compris l’Ira, écrit Isabelle Saporta, qui se défend de tenir un discours écologique réactionnaire, alors qu’elle use de tous ses ressorts.

« La publicité cathodique nous a fait sombrer dans un monde anxiogène où l’on est incapable d’écouter son propre corps et où la nourriture n’est plus que source de stress », déplorait avec raison, il y a à peine deux ans, une certaine... Isabelle Saporta. Pour une poignée d’euros de plus, elle a choisi d’apporter sa voix à ce triste concert...

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