Maud Fontenoy/Ras-le-bol des écolos

revue de livre 25 | 02 | 2014

Maud Fontenoy/Ras-le-bol des écolos

Le lance-roquettes anti-EELV de Jean-Louis Borloo.

Maud Fontenoy, qui a traversé l’Atlantique Nord et le Pacifique à la rame, déclare en avoir « ras-le- bol des écolos ». C’est en tout cas le titre très accrocheur de son dernier ouvrage, publié en octobre dernier aux éditions Plon.

Toutefois, si la navigatrice-people prend ses distances avec l’écologie politique, c’est surtout pour défendre une écologie compatible avec le monde des affaires. Un monde qu’elle apprécie visiblement dès qu’elle quitte les vastes étendues océaniques. Hébergée par le luxueux hôtel-boutique 5 étoiles La Maison Champs-Élysées, sa fondation, la Maud Fontenoy Fondation, bénéficie en effet du soutien d’une impressionnante liste d’entreprises (Carrefour, EDF, Orange, le groupe Socoda...), mais aussi de notables comme Vincent Bolloré et François Pinault (qui siège à son conseil d’administration). Avec de tels soutiens, on comprend pourquoi l’écologie politique prônant la décroissance n’est pas vraiment la tasse de thé de Maud Fontenoy ! « L’écologie politique n’est plus que le pâle reflet d’un mouvement utopiste qui jadis nous a fait rêver et qui aujourd’hui, vide d’idées nouvelles, tente de survivre en négociant avec la gauche », déplore-t-elle.

Éloge de Sarkozy

La jeune et séduisante navigatrice a en revanche le profil idéal pour plaire à Jean-Louis Borloo –qui est d’ailleurs le parrain de son premier enfant, Mahé. « Lorsque Nicolas Sarkozy était à la tête de l’État, on a senti une volonté forte pour que l’écologie soit enfin aussi de droite », se félicite-t-elle. D’où son vibrant éloge du Grenelle de l’environnement, qui a « mobilisé tous les acteurs, des syndicats aux pétroliers, en passant par les citoyens, les élus et les collectivités territoriales ». Le président de l’UDI ne cache d’ailleurs pas sa volonté de la recruter pour les élections européennes du 25 mai 2014, et d’en faire son « lance-roquettes anti-EELV ».
 
C’est bien entendu dans ce contexte qu’il faut comprendre son opuscule Ras-le-bol des écolos, qui prône « une croissance réfléchie, une nouvelle forme de développement, plus raisonnable et économe, plus aboutie », et dans laquelle l’énergie nucléaire et le gaz de schiste ont toute leur place. Tout comme les éoliennes et les panneaux solaires. En clair, l’écologie version Maud Fontenoy est une sorte de minestrone dans lequel toute chose est intégrable dès lors qu’il s’agit de sauver « le business durable ».

Observatrice attentive des océans, la navigatrice est ainsi la première à défendre nos pêcheurs, « qui sont les premiers conscients de l’urgence à agir ». Elle rappelle qu’en France, 75% de la pêche est artisanale. « Nous sommes loin du cliché des usines flottantes. Je refuse que l’on considère ce milieu courageux comme des pilleurs. Sentinelles du Grand Bleu, les professionnels de la mer travaillent bien souvent avec les scientifiques pour assurer la survie des espèces », explique Maud Fontenoy.

L’écologie version Maud Fontenoy est une sorte de minestrone dans lequel toute chose est intégrable dès lors qu’il s’agit de sauver « le business durable ».

Haro sur l’agriculture

Et pourtant, dès qu’il s’agit d’agriculture, le ton change et les clichés réapparaissent. « Notre agriculture occidentale, responsable de près de 30% des émissions de gaz à effet de serre, génératrice d’énormément de nuisance, n’est pas durable », affirme-t-elle, avant de se lancer dans un réquisitoire ridicule en faveur de l’agriculture biologique : « Même s’il en déplaît à certains esprits chagrins, ces aliments [issus de l’agriculture biologique] sont bel et bien meilleurs pour la santé, pour celle des paysans qui n’avalent plus de pesticides à longueur de journée, pour la qualité de l’eau qui ne souffre plus de contamination, et pour nous, pour nos enfants et nos petits-enfants ».
 
N’hésitant pas à étaler son ignorance, Maud Fontenoy décrit une agriculture biologique qui aurait pu être tirée d’un roman de science-fiction : « Avec le bio, on peut semer des espèces résistantes à la sécheresse et d’autres supportant aisément les fortes pluies. Au final, le rendement n’est pas parfait, mais l’ensemble est rentable. » Surprenant ! « Dans le bio, on met en relation un écosystème (sol, eau, haies), un agrosystème (c’est-à-dire plusieurs espèces végétales, des animaux), et de l’humain qui s’adapte et prend des décisions. Sur une même parcelle, on va donc faire pousser des cultures différentes et cela fonctionne très bien », poursuit-elle.

En revanche, sa description de l’agriculture conventionnelle n’a rien à envier à celle des adeptes de l’écologie politique. « Dans un système “normal“, on sélectionne des semences qui peuvent produire un maximum. Ces semences sont soutenues en permanence par des pesticides et des engrais chimiques. Elles deviennent très fragiles et les parasites en sont friands. On multiplie alors les traitements et c’est un véritable cercle vicieux », explique Maud Fontenoy. Comble du ridicule, la navigatrice prône un retour « à la rotation des cultures, mais aussi aux méthodes traditionnelles et aux engrais naturels ».

Bref, à force de passer son temps sur les océans, Maud Fontenoy n’a visiblement plus trop les pieds sur terre... Pour quelqu’un qui s’oppose au « discours écolo trop souvent déconnecté de la réalité », voilà qui n’est pas très sérieux !

Titre : Ras-le-bol les écolos : pour qu’écologie rime enfin avec économie !
Auteure : Maud Fontenoy
Éditeur : Plon

europe-écologie-les-verts écologie politique