Natura 2000 et le Marais Poitevin

Face à Natura 2000, les habitants du Marais Poitevin s’inquiètent de l’avenir du Marais. Pascal Jacquet, président de l’association COSYMDAH (Coordination de Syndicats de Marais de la Baie de l’Aiguillon pour le Maintien Durable des Activités Humaines) expose son point de vue pour Agriculture et Environnement.

Entretien avec Pascal Jacquet

Pourquoi la directives Natura 2000 soulèvent-elles de telles inquiétudes chez les acteurs du Marais Poitevin ?

Le Marais Poitevin est un territoire artificiel, entièrement façonné par le travail humain. Ce sont de vastes terres arrachées à l’océan – l’ancien golfe des Pictons de l’Antiquité -, devenues aujourd’hui d’une rare fécondité et accueillant une biodiversité remarquable. Depuis des siècles, l’homme y a réalisé des travaux titanesques pour maîtriser l’eau et protéger les espaces contre les inondations dévastatrices et les submersions marines. Les propriétaires se sont organisés, depuis 1646 pour les premiers d’entre eux, en syndicats de marais pour gérer l’eau et les ouvrages hydrauliques. Or, Natura 2000 et la politique de « reconquête des zones humides » remettent en cause ce fonctionnement ancestral et les activités humaines qui s’y sont développées, avec la volonté à peine voilée de « restituer à la nature ce qu’on lui aurait volé ». Il convient de se défier de toute tentative ou idéologie environnementalistes qui conduiraient à réduire la présence de l’homme dans le Marais.

Quelle serait la conséquence concrète de l’abandon de l’activité humaine dans le Marais ?

D’abord, l’enfrichement et la perte de la biodiversité. Mais très vite, la gestion de l’eau deviendrait également problématique, voire impossible. A terme, d’ici 10 à 15 ans, c’est tout simplement la disparition du Marais qui est en jeu. Comme le souligne Henri Couderc, professeur honoraire au Muséum National d’Histoire Naturelle, dans un rapport sur l’avenir du Marais, le développement des surfaces en eau entraînera des problèmes sanitaires, avec la réapparition des épidémies, y compris le paludisme ! Inhabitable, le Marais Poitevin sera abandonné, mais de plus, les villes du pourtour – Niort, la Rochelle – en paieront de lourdes conséquences.

Comment garantir la présence de l’activité humaine ?

La seule solution repose sur des activités économiquement durables. Le tourisme ne peut constituer qu’une ressource marginale, saisonnière et localisée. Sur ce vaste espace de 100.000 hectares, les subventions à débloquer seraient d’un niveau trop élevé pour la collectivité, et bien trop aléatoires dans la durée. L’agriculture du Marais est la première activité économique et le premier gestionnaire des espaces. Seule une agriculture dynamique et rentable est en mesure d’assurer l’avenir du Marais Poitevin. Que faut-il faire pour sauvegarder le Marais Poitevin ? Il faut qu’à Bruxelles et à Paris, les décideurs regardent la réalité du Marais Poitevin dans sa continuité historique et dans le contexte socio-économique du XXIe siècle. Les gestionnaires locaux qui ont la connaissance du milieu doivent être entendus et conserver leur rôle privilégié. Toute tentation d’un sanctuaire naturel est suicidaire et produira l’inverse des effets environnementaux souhaités. Agriculture et environnement ne doivent pas être opposés. Il y a toujours eu un équilibre dans le Marais Poitevin, qui a permis le développement d’une richesse biologique remarquable. Cet équilibre est fragile, il est urgent de le préserver.

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