L’Or bleu

L’été dernier, dans nos colonnes, nous nous étions interrogés sur le silence complice de José Bové et Noël Mamère concernant la « menace pas du tout hypothétique que représente le fléau des criquets en Afrique », alors que nos amis écologistes préféraient faire la une des médias avec leurs saccages sauvages de champs d’essais OGM. Cette année, leurs troupes d’assaut ont poursuivi leurs opérations. Mais n’osant plus affronter la résistance des agriculteurs et des pouvoirs publics, elles ont opéré clandestinement, la nuit, loin des caméras.

D’ailleurs, ces dernières se sont plutôt focalisées sur la sécheresse qui touche la France, accusant sans surprise l’irrigation et les agriculteurs maudits d’en être à l’origine : « S’il n’y a plus d’eau, c’est la faute à l’agro. » La sécheresse en France, voilà un vrai thème d’actualité !

En revanche, pas grand-chose sur la famine au Niger, conséquence parfaitement prévisible de l’invasion de criquets de l’année dernière, aggravée cette fois-ci par un réel problème de sécheresse. Le sud du Niger est touché par une crise sans précédent, alors que cette zone assez fertile est considérée comme la « ceinture verte » de la région. Robert Belleret, envoyé spécial du quotidien Le Monde, explique qu’« un arrêt précoce des pluies de la saison d’hivernage 2004, accompagné d’une invasion subite de criquets pèlerins, a provoqué, à retardement, une pénurie dramatique de mil et de sorgho, à laquelle le gouvernement et la communauté internationale ont tardé à répondre. » De fait, on estime à 800.000 le nombre d’enfants affamés au Niger, dont 150.000 souffrent de « malnutrition sévère ». Dans ce pays, la forte diminution des précipitations moyennes observées depuis les années 1970 a réduit les superficies cultivables en mil et sorgho de 25% à 12% du territoire national. En conséquence, les rendements agricoles sont médiocres et le pays accuse un déficit tendanciel de la production céréalière de 500.000 tonnes environ, ce qui correspond à 20% des besoins actuels. Pire, d’après des projections publiées en 2003 par l’Institut de recherche pour le développement (IRD), le déficit céréalier risque d’atteindre le million de tonnes en 2010, 2 millions en 2020 et beaucoup plus encore en 2050 !

Contrairement au Niger, la France jouit de l’immense privilège de disposer de beaucoup d’eau, au point où elle s’octroie le luxe de laisser s’écouler dans les océans plus de 70 milliards de m3 d’eau provenant des précipitations. Ne ferait-on pas mieux de réfléchir à des solutions efficaces pour transformer cette abondante « matière première » – notre or bleu – en produits alimentaires dont le monde a tant besoin ?

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