Des additifs interdits en Europe dans de la viande brésilienne

Dans son bulletin d’information du 19 juillet 2006, l’agence de presse agricole ActuAgri révèle que « le Brésil exporte vers l’Union européenne des viandes issues d’animaux dont l’alimentation contient des additifs interdits en Europe ». L’information provient de deux rapports publiés par l’Office alimentaire et vétérinaire européen (OAV), réalisés à la suite d’une série de missions d’inspection conduites dans ce pays en novembre-décembre 2005.

Selon les vétérinaires européens, le Plan national brésilien de contrôle des résidus (PNCR) « est incomplet et insuffisant », alors que les autorités brésiliennes s’étaient pourtant engagées à l’améliorer suite à un constat similaire effectué en 2003. L’inspection de l’OAV a encore « identifié des manquements graves des autorités brésiliennes pour répondre aux normes de santé et de sécurité alimentaire requises pour la commercialisation de produits alimentaires sur le marché européen ».

Plusieurs groupes de produits alimentaires ne sont effectivement toujours pas couverts par le PNCR. C’est le cas du miel, exporté en Europe sans aucun dépistage de résidus. « Cette situation est dans une certaine mesure aggravée par l’autorisation nationale [brésilienne]d’utiliser plusieurs composés antimicrobiens chez l’abeille [alors que] le miel contenant des résidus antimicrobiens ne peut être commercialisé dans l’UE », soulignent les inspecteurs de la mission de l’OAV. D’autres produits, qui font l’objet d’un test de dépistage des résidus, ne sont que très partiellement contrôlés, « essentiellement en raison du manque de capacité d’analyse des laboratoires ». Selon le rapport, « l’absence de modalité de fonctionnement standard et le manque de compétences minent la confiance dans l’efficacité de ces laboratoires », et donc dans les garanties concernant la teneur en résidus des marchandises exportées.

Les inspecteurs s’inquiètent surtout de l’usage de certains médicaments : « Le fait que la majorité des médicaments vétérinaires soient toujours en vente libre, l’absence de toute obligation de tenue de registres des médicaments dans les exploitations agricoles, l’absence de contrôles officiels à cet égard et le dépistage insuffisant des résidus des nombreux médicaments vétérinaires qui ne sont pas autorisés à être utilisés sur les animaux producteurs d’aliments dans l’Union européenne, mais qui sont en vente libre aux fins de production de bétail au Brésil, sapent, individuellement et cumulativement, la confiance dans la teneur en résidus de plusieurs marchandises exportées vers l’UE ». Les inspecteurs font même état de viande porcine illégalement exportée dans l’Union européenne tout au long de l’année 2005, alors que le Brésil autorise l’usage de la ractopamine, un beta-agoniste utilisé pour stimuler la croissance des porcs, et interdit en UE.

Dans le secteur végétal, les conclusions de la mission d’inspection ne sont guère plus favorables. « Dans l’ensemble, les systèmes de contrôle officiels sont limités et ne permettent pas de garantir que les produits d’origine végétale exportés vers l’Union européenne, en particulier les pommes et les papayes, respectent la législation communautaire. »

C’est la raison pour laquelle Franz-Josef Feiter, secrétaire général du Comité des organisations professionnelles agricoles (Copa) et de la Confédération générale des coopératives agricoles (Cogeca), a adressé un courrier au Commissaire européen au Commerce, Peter Mandelson, pour lui demander « d’interdire immédiatement toute importation des produits brésiliens incriminés tant que les dysfonctionnements mis en évidence par l’OAV n’auront pas été réglés ». Selon un communiqué de presse des deux organisations agricoles daté du 12 juillet 2006, Franz-Josef Feiter insiste sur le fait que « le système de contrôles mis en place par les autorités brésiliennes est précaire ». Il souligne surtout « que les normes de production brésiliennes ne sont pas équivalentes à celles en vigueur en Europe ». Situation d’autant plus préoccupante que dans le cadre des négociations de l’OMC, l’Europe sera amenée à ouvrir plus largement ses frontières au Brésil…

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