La double casquette du vice-président du Comité économique, éthique et social du Haut conseil des biotechnologies

Depuis qu’il a été élu vice-président du Comité économique, éthique et social (CEES) du Haut conseil des biotechnologies (HCB), Frédéric Jacquemart a-t-il un devoir de réserve ? La question mérite d’être posée. En tout cas, sa nouvelle fonction ne lui donne aucunement le droit de déformer intentionnellement les conclusions rendues par le Comité scientifique du HCB. Pourtant, c’est bien ce qu’il fait. Utilisant sa casquette d’administrateur de l’association anti-OGM Inf’OGM, Frédéric Jacquemart demande à la Commission européenne, dans un communiqué de presse en date du 23 mars 2010, de « reconsidérer les autorisations commerciales précédemment données et en cours pour les OGM ». Pour appuyer sa demande, le biologiste anti-OGM prend à témoin l’avis publié le 22 décembre 2009 par le comité scientifique du HCB : « Les experts français considèrent que le dossier du maïs MON810, tel que présenté aujourd’hui pour son renouvellement d’autorisation, n’est pas suffisant pour répondre à la question de l’existence ou l’absence d’impact sur la santé. Leur position, exprimée pour la première fois sur ce dossier en janvier 2008 puis en décembre 2009, est claire : “l’agence européenne reconnaît implicitement que les procédures [d’évaluation] antérieures ne sont pas satisfaisantes et que les réserves formulées par le CPHA étaient fondées” ». Sorti de son contexte, ce passage permet à Frédéric Jacquemart d’affirmer que le risque sanitaire du maïs MON810 n’aurait pas été correctement évalué. Il poursuit : « En clair, les opinions des experts de l’AESA rendues à la Commission européenne ne permettent pas à cette dernière d’écarter le caractère toxique des OGM au risque statistique près, comme lui impose pourtant la réglementation européenne ».

Or, l’avis du Comité scientifique du HCB aboutit aux conclusions exactement opposées à celles du militant anti-OGM ! Pour s’en convaincre, il suffit de le lire jusqu’au bout. « Au vu des expérimentations réalisées en France, la technologie du MON 810, qui contrôle efficacement la pyrale et la sésamie, apparaît comme une alternative pour satisfaire l’exigence sanitaire des aliments de l’homme et de l’animal [c’est nous qui soulignons] », est-il en effet indiqué page 24.

L’usage volontairement partiel, par le vice-président du CEES, d’un texte émanant du HCB, pose en réalité non seulement la question de sa double casquette, mais aussi celle de son intégrité éthique.

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