Personne n’est dupe, Monsieur Le Foll..

L Que Stéphane Le Foll, le nouveau ministre de l’Agriculture, soit très à l’écoute des apiculteurs et de ses potentiels électeurs écologistes se comprend. Surtout à quelques jours d’élections essentielles pour son plan de carrière… Qu’il préfère les pesticides foliaires à usage curatif aux traitements préventifs par enrobage des semences, pourquoi pas… bien qu’on puisse se demander si un tel choix est judicieux, et surtout si c’est celui qui respecte le mieux l’environnement et les abeilles. En revanche, qu’il interdise l’usage du Cruiser OSR sur colza en évoquant deux avis –l’un de l’Anses, l’autre de l’Efsa–, censés avoir mis en évidence le caractère « néfaste » de la matière active du Cruiser (thiamethoxam), alors que ce terme ne figure nulle part dans leurs textes, est tout simplement scandaleux !

Les experts des deux agences indépendantes sont en effet unanimes: les conclusions des auteurs de l’étude «A common pesticide decreases foraging success and survival in honey bees», à l’origine de la saisine, ne sont pas recevables. La raison en est simple : comme l’avait déjà indiqué A&E (cf. N° 103), l’équipe de Henry et al. a utilisé des doses de thiamethoxam jamais rencontrées jusqu’à présent dans le nectar de colza! «L’interprétation des auteurs selon laquelle la dose de thiamethoxam de 1,34ng/abeille serait communément rencontrée sur le terrain est donc considérée comme non vérifiée par les observations disponibles», souligne l’Anses. L’écart entre la dose administrée et le pire scénario possible a même été évalué par l’agence sanitaire européenne. «Sur la base des données collectées auprès de l’ensemble des États-membres, l’Efsa conclut que la concentration en thiamethoxam du sirop administré aux abeilles dans l’étude de Henry et al. (2012) est environ 10 fois supérieure à la concentration maximale observée dans un échantillon de nectar», note l’Anses. Et ce n’est pas tout : l’agence de sécurité sanitaire française conteste le protocole utilisé par l’équipe de Henry et al. sur trois points essentiels. Premièrement, la modélisation mathématique censée démontrer l’effondrement des colonies est «non validée pour cette utilisation». «Ce modèle théorique très simple ne peut pas être utilisé pour simuler in situ la dynamique d’une population d’abeilles», expliquent les experts de l’Anses. Deuxièmement, l’analyse statistique est réalisée sur la base d’un test non adapté (test binomial, et non pas test de Fisher). Troisième critique : les butineuses ont été relâchées alors que « leur connaissance préalable du site d’où elles sont relâchées, et du trajet de retour à la ruche, est aléatoire». L’Anses conclut donc naturellement que rien dans cette étude «ne permet de mettre en cause les conclusions de l’évaluation des risques menée dans le cadre du dossier de demande d’autorisation de mise sur le marché de la préparation Cruiser OSR ». On ne saurait être plus clair !

Pourtant, Stéphane Le Foll a choisi d’ignorer l’avis des experts. Pire, il a dénaturé leurs conclusions, faisant croire à la presse qu’il appuie sa décision sur des éléments scientifiques. À peine installé rue de Varenne, le nouveau ministre a adressé un bien triste signal à la communauté scientifique et au monde agricole…

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