L’écologie oui, les écologistes non !

« Il y a chez les citoyens un petit changement culturel. Ils se disent : l’écologie oui, les écologistes non », reconnaît Yves Cochet, l’un des fondateurs historiques des Verts, dans un entretien accordé le 16 août dernier au Journal du dimanche. « Si on demandait à un Français s’il y a un homme ou une femme d’État écolo qui serait susceptible de présider la France, aucun ne serait cité », admet-il avec lucidité, tout en convenant volontiers qu’« actuellement, personne [au sein d’EELV] ne fait rêver ».

De toutes les figures de l’écologie française, René Dumont, le premier candidat écologiste à l’élection présidentielle, est pour Yves Cochet la plus importante. « Il a vu que le productivisme agricole, le machinisme, étaient des erreurs aussi bien pour l’Europe que pour le Tiers-Monde », explique-t-il. Cependant, le cofondateur des Verts reste muet sur d’autres aspects de son « père en politique ». Notamment sur son enthousiasme illimité à l’égard du régime maoïste des années 70, qui aurait vu « la conscience socialiste [atteindre] un niveau très élevé ». « Oui, l’expérience chinoise nous paraît bien celle de la société actuellement la plus apte à la survie prolongée ; les cohortes de bicyclettes des larges avenues de Pékin ne fument pas ; l’intérêt général est au centre des préoccupations de la très grande majorité ; les déchets sont récupérés, les gaspillages insignifiants, la pollution réduite au minimum », s’émerveillait alors le candidat présidentiel.

Le mentor d’Yves Cochet se distinguait également par un discours très radical sur la démographie : « Il serait possible, surtout quand les méthodes contraceptives et d’avortement précoce auront fait des progrès décisifs, de n’autoriser qu’une natalité compensant exactement la mortalité, donc d’atteindre vite la croissance zéro, si on employait des méthodes autoritaires –que le danger mondial permettrait de justifier ». Il ajoutait que « l’abandon des petites filles dans les familles pauvres chinoises, ou l’avortement systématique au Japon, avant 1869 comme après 1945, peuvent être, à la lumière de nos récentes observations, considérés comme des mesures comportant une certaine sagesse ».

On comprend pourquoi l’écologie politique se heurte à des réticences de la part des citoyens qui, sans nécessairement en posséder tous les éléments, flairent comme un malodorant fumet dans son programme. Certes, quarante ans plus tard, le discours a évolué. Mais le fonds de commerce des écologistes reste bel et bien la décroissance.

On ne peut donc que féliciter le Premier ministre Manuel Valls d’avoir habilement réussi à éloigner les dirigeants d’EELV des portes du pouvoir. En effet, il est parfaitement possible de répondre de manière intelligente aux exigences des citoyens en matière d’environnement. En l’occurrence, en s’appuyant sur l’innovation, la recherche et la science. Pour l’agriculture, cela implique de réhabiliter les outils que nous apportent la chimie et les biotechnologies végétales. Manuel Valls le sait. Il l’a déjà écrit. Espérons qu’il pourra enfin mettre un terme aux actions paralysantes des faucheurs de science et de leur alliés, et ainsi libérer pleinement les forces vives du monde agricole.

 

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