Corriger le génome humain !

Le débat passionnel sur les plantes génétiquement modifiées demeure aujourd’hui l’un des principaux chevaux de bataille des écologistes. Devenue incontournable dans la sélection variétale en raison de l’utilité de ses nombreuses techniques (cisgénèse, ciseaux moléculaires, interférence par ARN, etc.), la biologie moléculaire progresse partout dans le monde, indépendamment des campagnes lancées par ses opposants.

Ceci est encore plus vrai dans le domaine médical, et en particulier dans le champ de la thérapie génique. Entre espoirs exagérés et désenchantements des débuts, plus personne ne doute aujourd’hui de ses immenses perspectives, la France étant même fière d’être l’un des leaders mondiaux en la matière.

Quatre enzymes –répondant aux noms « barbares » de méganucléases, TALEN, nucléases à doigt de zinc et CRISPR-Cas9 – vont encore lui ouvrir de nouveaux horizons. Il est vrai que leur coût de fabrication a été divisé par 10 000 en dix ans, et que la toute dernière d’entre elles, la CRISPR-Cas9 – qui pourrait parfairement valoir le prix Nobel à la chercheuse française expatriée en Allemagne Emmanuelle Charpentier, pour ses travaux à son sujet – peut aisément être fabriquée en une à deux semaines, contre un à deux mois pour le TALEN. Et ce pour un coût au minimum dix fois inférieur. Grâce à ce nouvel outil du génie génétique, il est désormais possible de cibler, avec une surprenante précision, n’importe quel gène dans une cellule pour éteindre ou allumer son expression, pour le réparer ou même l’enlever… « En à peine deux ans, des équipes du monde entier se sont approprié CRISPR-Cas9 pour modifier le génome de nombreux types de cellules, tant chez les bactéries que chez les plantes ou chez les animaux, avec une facilité déconcertante », relate la revue La Recherche, qui constate que depuis 2014, cette technologie s’est déjà révélée utilisable pour corriger in vivo des maladies génétiques sur des souris.

Certes, cette nouvelle technique n’est pas encore totalement maîtrisée. En témoignent des travaux très contestés effectués par une équipe chinoise sur 85 embryons humains, et qui démontrent que la réussite n’est pas toujours au rendez-vous. Si la communauté scientifique s’est clairement prononcée contre toute modification du génome des cellules germinales humaines –et donc de l’hérédité –, allant dans le sens de la convention d’Oviedo ratifiée par la France et 28 autres pays européens en 2011, il n’existe aucune réserve pour intervenir sur le génome de cellules somatiques. Ce n’est d’ailleurs pas un sujet de controverse pour les écologistes. L’écolo-fanatique Yves Paccalet, auteur de l’ouvrage au titre provocateur L’Humanité disparaîtra, bon débarras !, y est même favorable, tandis que les Faucheurs volontaires préfèrent désespérément chercher des « OGM cachés » dans les champs… Comme si le génome d’un maïs, d’une tomate ou d’une courgette, était plus précieux que celui d’un être humain !

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