Haro sur la ferme des 1000 vaches !

L’occasion était trop belle : alors que neuf militants de la Confédération paysanne ont été condamnés en première instance pour avoir endommagé l’exploitation laitière très controversée de l’entrepreneur Michel Ramery, baptisée par ses opposants « ferme-usine » ou encore « ferme des 1000 vaches », le site altermondialiste Reporterre a publié le 8 juin dernier un article révélant que le nombre de vaches présentes sur l’exploitation avait largement dépassé les 500 autorisés par l’arrêté du 1er février 2013.

C’est un mail anonyme adressé par un ancien employé à Novissen, l’association réunissant les opposants à la ferme, qui a relancé l’affaire. Son « effroyable témoignage » ne se résume pas au nombre a priori illégal de vaches, mais il met aussi en cause l’état de santé du cheptel. Les vaches seraient « épuisées, elles tombent de fatigue, elles sont amorphes, comme mortes, sans réaction. Elles ne réagissent pas aux gestes qu’on fait près d’elles et auxquels elles réagissent normalement », accuse le mail. Celles qui sont malades seraient euthanasiées avec « un produit inconnu », une manipulation réalisée par le nouveau responsable, « alors que c’est un vétérinaire qui devrait normalement le faire ». Quant au personnel, il « se sent maltraité et non considéré ».

Repris en boucle dans toute la presse, l’article de Reporterre a fait l’effet d’une bombe. D’autant plus que Michel Ramery a confirmé la présence d’au moins 700 vaches sur le site. Dès le lendemain, sur la demande explicite de Stéphane Le Foll, la préfète de la Somme Nicole Klein a envoyé des inspecteurs de la Direction départementale de protection des populations pour enquêter sur le terrain. Leur rapport, qui a fait l’objet d’un communiqué de presse, est stupéfiant au regard des accusations anonymes, qui s’avèrent au final n’être rien d’autre que des ragots mensongers et diffamatoires ! En effet, les inspecteurs insistent sur le fait que « l’état corporel général des vaches laitières est satisfaisant, à l’exception d’une dizaine de vaches à l’infirmerie, qui sont pour certaines maigres à très maigres. L’état d’embonpoint individuel se gradue de moyen à très satisfaisant ». « L’alimentation est présente et de qualité » ; tout comme la litière, également « de qualité ». « Les résultats laitiers du troupeau semblent confirmer le bon état général des vaches », conclut le rapport. Les quelques reproches formulés seraient liés à l’un des systèmes d’évacuation des urines et des excréments d’une des quatre aires de stationnement des animaux, considéré comme « pas satisfaisant », ainsi qu’au couloir d’accès à l’aire d’attente de la salle de traite. Bref, rien à voir avec la description apocalyptique relayée sans vérification par l’essentiel des médias français suite à un seul et unique témoignage anonyme. Drôle d’époque, qui en rappelle une tout aussi triste…

Seule la présence de 796 vaches laitières fait l’objet du contentieux. Selon Michel Welter, en charge de l’exploitation, il s’agit d’un point « d’interprétation juridique ». En effet, d’après le décret n°2011-63 du 17 janvier 2011 relatif au regroupement et à la modernisation de certaines installations classées, et depuis que ce dernier peut justifier de 600 hectares d’épandage, il estime être parfaitement en droit d’accueillir sur le site jusqu’à 899 vaches.

Sans aucun doute, l’affaire sera tranchée, elle aussi, devant les tribunaux…

 

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