Nicolas Hulot, l’écologiste de l’ancien monde

edito gil riviere-wekstein

C’est donc parce que Nicolas Hulot ne souhaitait plus « se mentir », qu’il a mis un terme à ses fonctions de ministre d’Etat, une décision approuvée par 84 % des Français, selon un sondage réalisé par Harris interactive pour RMC. « Le choix de Nicolas Hulot est perçu comme la conséquence logique de ses divergences avec l’exécutif », constate l’agence de sondage.

Bref, rien de très surprenant car, en effet, le « mariage » des deux principaux intéressés – Nicolas Hulot et Emmanuel Macron – était de fait basé sur une incompatibilité évidente. D’un côté, un président ayant pour priorité la relance de la croissance économique, et de l’autre, l’incarnation même de la décroissance. Théorisée par le sociologue Jacques Ellul, et ensuite portée par nombre d’associations environnementalistes depuis les années 1960, la décroissance est une idéologie radicale dont l’idée est simple : la croissance économique – et le progrès scientifique et technique – apporteraient davantage de nuisances que de bienfaits à l’humanité. Pire, pour les adeptes de l’écologie politique, toutes les activités humaines menaceraient un prétendu équilibre naturel, et donc par conséquent la « survie de la planète ». Tout comme ses prédécesseurs au ministère de l’Ecologie, Hulot a fait « de la vieille politique. Il reste dans la vision d’hier d’une écologie qu’il faut imposer par la loi et même par la Constitution », note le chroniqueur Eric Le Boucher. En effet, l’homme aux « relations incestueuses avec le CAC 40 » représente cette forme obsolète de l’écologie politique typique de l’« ancien monde ». Le programme de Hulot se résume à vouloir « changer de modèle de société en faisant machine arrière pour renouer avec un idéal de frugalité ancré dans le local et hostile à la logique du développement capitaliste », note Luc Ferry. L’écologie politique fantasme en effet sur un monde qui n’a jamais existé, rejetant systématiquement l’innovation et le progrès.

Or, le progrès scientifique reste de loin le meilleur allié de l’écologie. En tout cas de l’écologie de progrès, celle qui sait se saisir des innovations et de la science pour améliorer le monde qui nous entoure.

C’est ce qui a toujours animé l’agriculture qui, grâce à sa modernisation durant le XXème siècle et en particulier à l’augmentation des rendements par hectare, a permis l’extension des zones non cultivées, comme les forêts, et plus généralement de la biodiversité.

L’écologie de progrès défend les biotechnologies végétales et les outils modernes du génie génétique précisément parce que ces innovations permettent de mieux produire, de produire plus proprement. L’écologie de progrès n’a pas ce regard nostalgique sur un passé idéalisé, comme c’est le cas de Monsieur Hulot et de ses amis. L’écologie de progrès n’est pas punitive. Ce n’est pas une écologie du refus, des limites et de l’interdiction ; elle a confiance dans le futur et dans la créativité humaine pour construire un monde meilleur. Meilleur pour l’homme et meilleur pour la nature.

Tant que le ministère de l’Ecologie sera confié à des adeptes de cette écologie de « l’ancien monde », rien de positif ne pourra en sortir. Voilà la véritable leçon du bref et insignifiant passage de Monsieur Hulot à l’Hôtel de Roquelaure.