OGM : Colza transgénique : un règlement absurde et inutile

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Au début du mois de février, les médias se sont fait l’écho d’une bien surprenante affaire : des lots de semences de colza vendus à des agriculteurs auraient été contaminés par du colza transgénique. L’information émanait d’un communiqué de presse publié par le ministère de l’Agriculture le 8 février 2019, annonçant que « des contrôles officiels menés par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ont mis en évidence, en septembre et décembre 2018, la présence de traces d’OGM dans 3 lots de semences de colza commercialisés par l’entreprise Bayer ».

Le texte, rassurant, rappelle qu’il n’y a aucune menace pour la santé humaine, puisque l’OGM détecté est un colza autorisé au niveau européen pour l’alimentation humaine et animale. Pas davantage d’inquiétude à avoir du côté de l’environnement, le risque « étant considéré comme quasi nul, compte tenu du calendrier de destruction, avant la période de floraison, et de la très faible contamination des lots de semences concernés », poursuit le communiqué.

De fait, les quantités retrouvées sont infimes, note également la rue de Varenne: « La teneur détectée sur la base des analyses effectuées par le laboratoire national de référence est inférieure à 0,1%.» En effet, les contrôles effectués auraient mis en évidence autour de 0,005% de graines OGM, pourcentage donc largement inférieur à la limite de quantification (LQ). En termes de culture, cela représente une présence fortuite de 15 pieds à l’hectare quand un champ de colza en compte environ 350000. Autrement dit, à peine une dizaine de graines de colza réparties sur la surface d’un terrain de foot !

Seulement voilà : il est interdit de cultiver du colza transgénique en France. D’où l’exigence absolue imposée par les autorités françaises de détruire toutes les cultures concernées. Comme l’observe Emmanuelle Ducros, journaliste à L’Opinion, « cette affaire démontre l’absurdité de nos normes. En effet, on va arracher du colza contenant potentiellement d’infimes traces d’OGM… alors qu’il aurait été consommable ». Comble de l’ironie, ce colza, qui aurait produit notamment des tourteaux riches en protéines pour nourrir le bétail, va devoir être remplacé par d’autres sources de protéines venues de soja argentin ou brésilien… transgéniques ! « Magie de la réglementation : on n’a pas le droit de planter des OGM en France mais on a le droit d’en importer pour la nourriture animale. Admirez le paradoxe ! », ironise la journaliste.

Un vaste gaspillage

Au bout du compte, c’est pourtant plus de 20 000 ha de cultures qui vont être détruits, soit environ 2 % de la surface de colza cultivé en France. Un vaste gaspillage, qui a occasionné pour le monde agricole une perte sèche de presque 50 millions d’euros. Dans ce cas précis, heureusement, cette somme sera prise en charge par Bayer CropsScience, une multinationale aux reins financiers bien solides. Mais comment aurait résisté une entreprise semencière jouissant d’une assise financière moins solide?

Toutefois, ce gaspillage aurait parfaitement pu être évité. Provenant en partie d’Argentine, où la culture de colza transgénique est interdite, toutes ces semences ont été transportées dans des conteneurs scellés pour être acheminées jusqu’à l’usine de conditionnement de Bayer située à Peyrehorade. Sur place, la firme allemande a tout naturellement procédé à des autocontrôles, qui se sont révélés conformes. De son côté, la DGCCRF a également effectué quelques analyses début juillet, sans relever non plus d’anomalies. Sans alerte émise, le feu vert a donc tout naturellement été donné fin juillet pour la commercialisation de ces quinzaines de lots, qui ont été dispatchés vers plusieurs distributeurs. Bref, rien ne laissait présager qu’une telle affaire éclaterait après le début des semis, qui s’opèrent aux alentours du 10 août.

« En Allemagne, tous les contrôles sont effectués courant juillet avec remise des résultats fin juillet, c’est-à-dire bien avant la date des semis. Nous pouvons donc acheminer les semences aux distributeurs en toute confiance », explique François Thiboust, directeur des Affaires publiques et gouvernementales du groupe Bayer.

Or, tel n’est pas le cas en France, où la DGCCRF continue à faire des analyses après la date des semis. Et c’est à cette occasion que les services de l’État ont détecté une présence infime de semences non conformes dans un lot de colza. Des analyses effectuées ensuite ont par ailleurs confirmé la présence de traces de semences non conformes dans des reliquats d’autres lots provenant de la même source. Mais trop tard, la majeure partie de ces lots ayant déjà été semée. Aussi, la Direction générale de l’alimentation (DGAL) a-t-elle estimé qu’il n’y avait pas d’autre issue que d’imposer la destruction de toutes les parcelles potentiellement touchées par cette présence fortuite. Pourtant, comme le soulignent les services de l’État eux-mêmes, la présence de ce colza transgénique n’occasionnait aucun risque ni pour l’environnement ni pour la santé. Il s’agit en effet d’une quantité tellement négligeable qu’elle s’apparente plutôt à ce qu’on appelle dans le jargon scientifique «un bruit de fond», qui témoigne surtout de la précision extrême des méthodes modernes de détection. Dès lors, était-il vraiment raisonnable d’imposer la destruction de 20000 hectares, au motif que seule une absence totale, matérialisée par un zéro absolu, était tolérable?

Ne serait-il pas plus raisonnable de fixer, comme l’a déjà fait l’Espagne, un seuil de présence fortuite acceptable, à savoir un « zéro technique »? D’autant que, faute d’une réglementation européenne fixant cette limite technique – qui est réclamée par les entreprises semencières depuis vingt ans –, cette solution est parfaitement autorisée par l’UE…

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