Les anomalies des comptes de Pollinis

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Fondée en 2013 par Nicolas Laarman, l’association Pollinis s’est fait connaître par le lancement de sa pétition « Abeilles : le massacre autorisé », dont l’objectif affiché est de « sauver les abeilles » en exigeant l’interdiction de « l’ensemble des pesticides néonicotinoïdes en Europe ».

Se présentant sous la forme d’une vidéo où l’on voit défiler un texte écrit en noir sur un fond blanc, lu par une voix féminine, cette pétition reproduit le modèle de certaines vidéos diffusées par The Agora, partenaire américain du cousin de Nicolas, Vincent Laarman, qui se trouve au cœur d’un réseau d’entreprises liées au business des médecines alternatives.

Ce modèle se conforme aussi à celui utilisé par l’IPSN (Institut pour la Protection de la Santé Naturelle). Financé notamment par les entreprises de Vincent Laarman, l’IPSN est clairement identifié comme une association de lobbying en faveur du monde des médecines alternatives (homéopathie, compléments alimentaires, détox, etc.).

Lors de sa première action, Pollinis a été accompagnée par un prestataire proche de la famille Laarman : Top Data, spécialisé dans la gestion de base de données et de sites Internet.

Nicolas réfute toutefois catégoriquement l’accusation – suscitée en
outre par les similitudes de fonctionnement de Pollinis avec la plupart des associations mises en place par Vincent – de faire partie de la « nébuleuse » de son cousin.

À lire aussi : Pollinis : Balade dans la nébuleuse Laarman

Contrairement à l’IPSN – qui revendique ses liens avec Vincent Laarman –, lui assure qu’il a coupé les ponts avec le business très lucratif du cousin. L’« amalgame fallacieux entre différents membres d’une même famille, la soi-disant “nébuleuse Laarman” », serait donc un mythe, selon Nicolas Laarman, qui va jusqu’à affirmer n’avoir « jamais partagé ni les convictions ni les objectifs de certains membres de sa famille ». Dont acte. Il reste que la réussite fulgurante de cette petite association, venue de nulle part, interpelle. Première interrogation : d’où peuvent bien sortir les responsables de Pollinis, illustres inconnus dans le monde de l’environnement ? Mystère. Du côté des apiculteurs non plus, personne n’avait jamais entendu parler d’aucun d’entre eux jusqu’à la création de Pollinis. Alors d’où leur est venue cette passion soudaine pour le monde des abeilles ? Quels intérêts servent réellement les activités de lobbying anti-pesticides de Pollinis ? Autres
mystères…

Deuxième interrogation : n’est-il pas extraordinaire que le chiffre d’affaires de l’association avoisine désormais le million d’euros ? Après seulement six ans d’existence, Pollinis revendique déjà 1,3 million de sympathisants, 18784 donateurs et un budget de plus de 900000 euros entièrement assuré par des dons de particuliers ! Voilà, incontestablement, une très belle réussite associative. D’autant plus étonnante que l’association admet ne consacrer qu’environ 100 000 euros à la collecte de dons (13% des revenus alors que 70 % des dons seraient affectés aux « diverses campagnes de pression sur les hommes politiques et les institutions»).

De singulières anomalies

Jouant la carte de la transparence, Pollinis se gargarise d’avoir obtenu le label « Don en confiance », qui suppose une validation de ses comptes par un commissaire aux comptes.

Or, une analyse détaillée des comptes en question permet de faire apparaître quelques singulières anomalies, et surtout une authentique carence de renseignements. Ainsi, la rubrique « cotisations » n’a jamais comporté de montant. L’association Pollinis n’aurait-elle donc eu aucun membre cotisant depuis sa création ? Le doute s’insinue plus encore lorsque l’on consulte les statuts de l’association, qui sont rédigés de façon à éviter qu’une présence indiscrète puisse se faufiler dans une AG – trait qui est aussi une constante des associations liées à la nébuleuse Laarman.

Car il existe deux types d’adhésion : d’une part, des « membres participants » (ceux qui participent aux activités ou qui ont versé un don), et d’autre part, des « membres dirigeants », qui sont de fait les adhérents qui comptent vraiment. En effet, selon les statuts, seuls les « membres dirigeants », désignés par cooptation de deux autres membres dirigeants, participent aux AG. Un verrouillage qui garantit un total contrôle sur l’association et une opacité certaine. Ceux-ci sont néanmoins dans l’obligation de s’acquitter « d’une cotisation annuelle dont le montant est fixé chaque année par l’Assemblée générale ». Il est même précisé que la qualité de « membre dirigeant » se perd par suite du « non-paiement de la cotisation pendant deux années consécutives ». N’ayant jamais déclaré la moindre cotisation depuis sa création, l’association ne compte de facto aucun « membre dirigeant »… Curieux, non ?

Enfin, il y a lieu de se demander si Pollinis se passe effectivement des prestations des entreprises du cousin Laarman. De l’aveu même de Nicolas, tout ce qui concerne notamment « les envois massifs de pétitions et l’organisation des collectes sécurisées » resterait confié à « des prestataires dont c’est le cœur de métier ». Comment penser, dès lors, qu’il ait pu décider de se priver de l’expertise reconnue des amis de son cousin ?


 

Droit de réponse de Pollinis

Dans l’article « Les anomalies des comptes Pollinis », vous évoquez de « singulières anomalies » dans nos comptes pour pointer, au final, uniquement le fait que la cotisation de nos membres dirigeants n’est pas précisée. Or la somme en question s’élevaient à 60 € au total en 2013 et 2014, le Conseil d’administration comptant à l’époque deux personnes et la cotisation étant fixée à 30 €. Mais à partir de 2015, dans un souci de simplification, étant donné le faible montant en question, la cotisation est devenue optionnelle, comme en attestent les PV des Assemblées générales. Cette décision, comme toutes nos procédures, a été validée par notre cabinet comptable ; le Commissaire aux comptes et le label Don en confiance qui s’assure que l’association satisfait à quatre grands principes : respect du donateur, transparence, probité et désintéressement, recherche d’efficacité. Contrairement à ce que vous écrivez, nos comptes ne présentent donc aucune « authentique carence de renseignements » ni la moindre « opacité  certaine » : ils sont certifiés (depuis le début de POLLINIS), publiés et consultables sur notre site Internet. Par ailleurs, le caractère engagé et militant de POLLINIS a amené les fondateurs de l’association à limiter l’entrée du CA aux membres dirigeants (qui sont aujourd’hui au nombre de cinq), un groupe de citoyens soudés, convaincus du bien fondé des statuts et des orientations de l’association. Ce mode de gouvernance, autorisé par la loi 1901, permet aux associations de se prémunir contre toute tentative de déstabilisation : des personnes mal intentionnées pouvant, lorsque le CA ouvert,  devenir membres dans le seul but de détourner l’association de ses objectifs, comme cela s’est vu ailleurs. Vous vous demandez « quels intérêts servent réellement les activités de lobbying anti-pesticides » de POLLINIS : en toute transparence, nous nous battons pour enrayer l’extinction des pollinisateurs, et notre seul intérêt est le bien commun.

Charles Valade, président de POLLINIS


Réponse de AE

Nous remercions Charles Valade pour nous avoir apporté ces précisions, confirmant donc le caractère verrouillé – parfaitement légal – de son association, avec un conseil d’administration et des AG uniquement ouvertes à 5 personnes.

Cependant, nous estimons en effet qu’il persiste de curieuses anomalies dans la présentation des comptes.

En effet, pour 2018, il est annoncé un montant de 35.248 dons pour un don moyen de 25,57 euros ; des chiffres au centime près, donc d’une précision rigoureuse. Or la multiplication de 35.248 avec 25,57 euros donne 901.291 euros alors que le poste Dons du bilan affiche 949.014 euros, soit une différence de 47.722 euros.

Ensuite, le rapport d’activité indique un total de 704 dons d’un montant supérieur à 500 euros (2% du total), 8.812 dons d’un montant compris entre 100 et 500 euros (25% du total), et 25.731 dons d’un montant inférieur à 100 euros (73% du total). Or la somme des plus petits dons possibles de ces trois catégories (respectivement 352.704 euros, 881.200 euros et 515.620 euros) s’élève à 1.748.524 euros, c’est-à-dire 799.510 euros de plus qu’indiqué dans le bilan. Là aussi, il s’agit de très curieuses anomalies, qui méritent une explication.

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