L’homme nouveau est une femme, estime Régis Debray

Le siècle vert, un changement de civilisation : tel est le titre d’un court essai disponible en librairie depuis le mois de janvier, qui est signé de la main de l’ancien compagnon de route de Che Guevara, Régis Debray. Le philosophe tente d’y décrire la mutation écologiste en cours que l’on observe tout particulièrement en France.

Et les sondages en vue des municipales semblent bien justifier une telle attention. Ainsi, nombre de grandes villes comme Bordeaux, Lyon, Strasbourg, Montpellier, Grenoble ou Besançon pourraient passer au vert. « Ce succès annoncé apparaît d’ailleurs comme un engrais biologique particulièrement efficace au verdissement des autres listes », note Sophie de Ravinel pour Le Figaro. En effet, entre la création du « Central Park parisien » du candidat LREM Benjamin Griveaux en lieu et place de la gare de l’Est, et la suppression programmée par Anne Hidalgo de 60 000 places supplémentaires de parking à Paris afin d’aménager davantage de pistes cyclables, les idées écolos les plus extravagantes ne manquent pas.

Comble de l’ironie, c’est précisément dans les grands centres urbains, où il n’y a ni vaches, ni cochons, et où les forêts et prairies se résument à des parcs bien artificiellement entretenus, que se concentre le vote écolo, alors qu’en campagne, où l’on respire l’air frais dispensé par Dame Nature, rien de tel ne semble se profiler.

Voltairien dans son style, Régis Debray décrit ainsi cet homme nouveau qui déambule au cœur de nos villes européennes : « Il va à vélo, à Amsterdam, fait la vaisselle à Stockholm, du ski de fond à Helsinki, prend son congé paternité à Copenhague et plonge dans l’eau glacée à Oslo. » De toute évidence, « l’homme nouveau est une femme, cheveux courts, talons plats ». Et tandis que, durant un millénaire, l’homme moral s’est demandé « où en suis-je avec Dieu ? », puis à partir de la Renaissance « où en suis-je avec mes congénères ? », l’homme nouveau se demande aujourd’hui « où il en est avec les animaux ». « L’Occidental se cherchait au Ciel ; il s’est cherché ensuite dans son semblable ; il se cherche à présent dans le chimpanzé – au risque de s’y retrouver », ironise Régis Debray, déplorant que « loin d’un inexorable progrès vers la positivité, nous sommes témoins d’un fétichisme revigoré, où “la vie secrète des arbres“ et “les souffrances de la Terre“, nous serrent toujours plus le cœur. Au lieu d‘aller de l’adolescence à l’âge mûr, c’est comme si on retombait en enfance ».

C’est sans aucun doute ce qui explique le succès d’une Greta Thunberg et de son discours apocalyptique, prélude nécessaire à l’instauration d’une ère où il devient interdit de ne pas interdire. « Le culte de la jeunesse aura été le nom du fascisme sous toutes ses couleurs », résume Régis Debray. « Il sait de quoi il parle. Il a connu les totalitarismes rouges de près. Et voit arriver son héritier vert », commente pour sa part Éric Zemmour. Et si, pour une fois, celui-ci n’avait pas entièrement tort ?

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