Le malaise agricole analysé par un politologue

Dans Malaise à la ferme, enquête sur l’agribashing, Eddy Fougier défend l’idée que l’agribashing peut devenir une opportunité pour renouer le dialogue entre consommateurs et monde agricole.

Publié quelques jours à peine avant le Salon international de l’agriculture, le livre du politologue Eddy Fougier – Malaise à la ferme, enquête sur l’agribashing – s’est vite distingué comme l’un des ouvrages incontournables de ce grand rendez-vous annuel. L’occasion pour l’auteur de déployer ses réflexions sur les paradoxes, les malentendus et les nouveaux défis de l’agriculture française.

Eddy Fougier a ainsi pris le parti de livrer à ses lecteurs une analyse méticuleuse de l’émergence et de la sociologie de l’agribashing, pour terminer par quelques recommandations permettant « le rapprochement société-agriculteurs ». Tout d’abord, il revient sur le champ d’action précis de ce terme : « L’agribashing correspond à une critique par des acteurs publics d’un certain nombre de pratiques agricoles qui est assez systématique, radicale, totalement biaisée, irresponsable, qui avance masquée, cherche à exploiter des peurs, disqualifie d’emblée tout point de vue contradictoire et peut inciter à un passage à l’acte (actes malveillants). »

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Après avoir rappelé que la première mention d’« agriculture bashing » remonte à décembre 2014, date à laquelle le député de l’Aisne Jacques Krabal avait « appelé à stopper l’agriculture bashing », l’auteur note que sa version écourtée – autrement dit le terme «#agribashing » – s’est répandue bien plus tard (courant 2016), notamment grâce à un certain nombre d’acteurs actifs sur les réseaux sociaux, et à partir du mois de décembre 2018 dans les médias nationaux. « En quelques semaines, durant le second semestre 2018, il s’est imposé de façon spectaculaire dans l’espace public », constate ainsi Eddy Fougier, qui considère que l’émergence de ce terme « correspond à cinq formes de rupture vécues par une partie notable des agriculteurs comme autant de “chocs” ». À savoir, (1) l’évolution de la critique du mode de production agricole par certaines ONG, (2) le fait que l’agriculture soit devenue un thème qui intéresse davantage les médias généralistes, (3 et 4) le changement de statut des activités agricoles tant au niveau social que territorial, et enfin (5) le passage à des actes malveillants.

Les véritables enjeux

Cette analyse académique ne doit pourtant pas en rester là. Le décryptage sociologique doit nous amener à cerner les véritables enjeux de l’agribashing. Car celui-ci est organisé par des protagonistes – une toute petite minorité de militants radicaux très actifs – autour d’une vraie stratégie. L’identification des acteurs et de leurs motivations reste essentielle pour comprendre la nature même de l’agribashing. Car c’est bien à partir de l’identification précise des protagonistes qu’une riposte s’est structurée. Et le fait même d’avoir mis un nom sur ces attaques à répétition dont l’agriculture fait l’objet a totalement changé la donne. Depuis lors, il est en effet devenu bien plus difficile de critiquer l’agriculture de façon caricaturale et mensongère sans qu’une réponse appropriée y soit apportée, notamment sur les réseaux sociaux. La riposte spontanée déclenchée par l’émission d’Élise Lucet du 17 janvier 2019 sur le glyphosate en est un très bel exemple.

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Ainsi, la prise de conscience des pratiques d’agribashing a permis à de nombreux agriculteurs de se faire entendre dans les médias nationaux. D’un point de vue stratégique, un nouvel espace de communication a pu s’ouvrir, libérant cette parole si indispensable afin d’en finir avec ces « jugements hâtifs sans fondements et ces commentaires hors sol et caricaturaux », pour reprendre les propos de Christiane Lambert, la présidente de la FNSEA.

Et le déni de l’existence de l’agribashing par les principaux « agribasheurs », tels François Veillerette ou Périco Légasse, témoigne de leur malaise face à cette riposte organisée.

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