Pétitions et lobbying pour une autre agriculture

Quoiqu’elles atteignent rarement leurs objectifs, les pétitions lancées par la mouvance écologiste font partie de l’arsenal classique du lobbying

Si le mouvement antipesticides, lancé par Fabrice Nicolino sous l’étiquette Nous voulons des coquelicots, qui exige l’interdiction immédiate de tous les pesticides, fait désormais partie du paysage militant grâce à une présence récurrente dans les médias locaux, il n’atteindra cependant jamais les objectifs que s’était fixés son instigateur en septembre 2018. « Cet Appel vise à soulever toute la société française », avait alors averti le journaliste de Charlie Hebdo, qui comptait rassembler « au moins 5 millions de pékins de chez nous [sic] » d’ici octobre 2020. Au regard du score cumulé d’EELV, de La France insoumise, de Génération.s et d’Urgence écologie aux dernières élections européennes (totalisant environ 5,6 millions de bons clients pour sa pétition), l’objectif semblait assez raisonnable.

Le compte n’y est pas

Et pourtant, avec juste un million de signatures engrangées à la date d’aujourd’hui, le compte n’y est pas. Tout comme la multiplication des mobilisations devant les mairies qui devait se terminer en octobre 2020 par « des centaines de milliers de gens, voire des millions, devant les mairies ». Là aussi, les quelques manifestations réunissant à chaque fois une petite vingtaine de militants, comme en témoignent les plus récentes, montrent les limites de l’exercice.

Il en va d’ailleurs de même pour l’initiative citoyenne européenne (ICE) « Sauvons les abeilles et les agriculteurs », une alliance qui réunit un réseau de plus de 140 ONG environnementales réparties dans toute l’Union européenne. Ayant pour objectif de « soutenir un modèle agricole qui permette aux agriculteurs et à la biodiversité de prospérer en harmonie », elle prône une réduction progressive de « 80 % de l’utilisation de pesticides de synthèse dans l’agr culture de l’UE d’ici à 2030, en commençant par supprimer les produits les plus dangereux, de manière à ne plus recourir à des pesticides de synthèse à l’horizon 2035 ». À ce jour, elle a récolté à peine 360000 signatures, alors qu’il lui faut en recueillir un million d’ici le 30 septembre 2020 afin que l’ICE soit considérée comme réussie et officiellement acceptée par la Commission européenne.

La cible : la future politique agricole

Qu’importe en fait le nombre de signataires, car ce qui compte vraiment, c’est le poids médiatique – bien réel – de ces campagnes, savamment orchestrées dans le cadre d’un lobbying intense et continu.

Ces initiatives relèvent en effet d’une volonté de transformer radicalement l’agriculture européenne au profit du biobusiness et des mouvements écologistes décroissants. Misant sur la future réforme de la Politique agricole commune (PAC), cette alliance d’intérêts est convaincue que 2020 offre une opportunité inédite d’imposer un autre modèle agricole. D’où, notamment, la mobilisation de la plateforme dénommée « Pour une autre PAC », qui regroupe 42 structures telles que Greenpeace, la Confédération paysanne, ou encore Générations Futures, France Nature Environnement, sans oublier les altermondialistes d’ATTAC. « Alors que nous entrons dans la phase chaude des négociations sur la réforme de la PAC, c’est le moment d’interpeller nos eurodéputé·e·s pour réclamer une politique à la hauteur des défis alimen- taires, sociaux et environnementaux de notre époque ! », peut-on lire sur le site de la plateforme.

La plateforme Pour une autre PAC s’est ainsi associée au mouvement européen Good food, good farming (GFGF) afin de lancer de concert une vaste campagne de lobbying auprès des députés européens.

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Peu connu en France, GFGF est une initiative principalement financée par la Fondation suisse Charles Léopold Mayer pour le progrès de l’homme (FPH) et par des fonds européens. Outre la plateforme Pour une autre PAC, le mouvement GFGF regroupe des structures européennes comme Friends of the Earth Europe, Pesticide Action Network Europe ou encore Ifoam (International Federation of Organic Agriculture Movements), principal lobby international du bio. Et donc, toutes les associations membres de ces deux plateformes ont été invitées à adresser chaque mardi, entre le 19 mai et le 16 juin 2020, des messages aux députés de la commission Agriculture et de la commission Environnement du Parlement européen « pour accompagner leurs négociations et s’assurer qu’il·elle·s prennent en considération les attentes de celles et ceux qui les ont élu·e·s il y a moins d’un an ».

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Parmi ces messages, on retrouve tout naturellement les accusations classiques formulées à l’encontre du secteur agricole, présenté comme « responsable de 37 % des émissions de GES dans le monde », ou encore les demandes récurrentes pour « soutenir la transition vers l’agroécologie et l’agriculture biologique ». Rien de très surprenant dès lors que l’on sait que la plateforme Pour une autre PAC admet que plus des trois quarts de ses ressources proviennent de donateurs privés, parmi lesquels figurent les principaux représentants du biobusiness, tels Biocoop, Léa Nature, Ekibio ou Bjorg, Bonneterre et Compagnie, qui mènent sans relâche leur guerre de sape contre l’agriculture traditionnelle.

Il semblerait même que ces structures aient l’intention d’intensifier leurs attaques. Prochaine étape : le mois d’octobre 2020, où sont programmées de multiples actions, avec comme point d’orgue une marche contre l’agriculture industrielle prévue devant le Parlement européen de Strasbourg.

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