Bio c’ Bon dans la tourmente

Alors que la vente des denrées issues de l’agriculture biologique ne cesse de croître, Bio c’ Bon affronte une grave crise, révélatrice d’un dysfonctionnement qui écorne la belle image du secteur

Qui aurait cru qu’en plein essor du bio, une enseigne telle que Bio c’ Bon, qui appartient à la holding Marne & Finance, présidée par Thierry Chouraqui, puisse se retrouver du jour au lendemain sous la gestion d’un administrateur judiciaire ?

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En dépit d’un chiffre d’affaires de 174 millions d’euros en 2018, d’un total de plus de 150 magasins en France et à l’étranger, principalement installés dans les quartiers bobos des centres villes, et d’une troisième place assurée, après Biocoop et Naturalia, dans le tiercé gagnant des enseignes du secteur, Bio c’Bon a toutefois accumulé un passif de plus de 40millions d’euros, qui la met au bord de la faillite. Et si plusieurs concurrents se sont portés candidats à sa reprise, l’examen de ses comptes met en lumière une entreprise bien moins attrayante que prévu, avec une structure fonctionnelle finalement assez complexe et un mode de financement aux allures de pyramide de Ponzi.

Une promesse de rentabilité de 6 %

Comme en témoigne un article paru en mars dernier dans LSA , le magazine de la grande consommation, les difficultés de l’enseigne bio ne sont pas récentes. « L’enseigne, très secrète, étonnait tant par son rythme de développement très poussé que par son modèle de financement particulier », notait alors la revue spécialisée.

Tandis que 75 % des investissements sont réalisés par Bio c’Bon et par les banques partenaires, les 25 % restants sont portés par des particuliers, qui deviennent des associés en passant par des gestionnaires de patrimoine. Ils s’engagent pour cinq ans avec une mise de départ allant de 10 000 à 200 000 euros, sur la promesse d’une rentabilité annuelle assurée de 6 %. « Par ailleurs, l’enseigne propose des bonus de sortie pouvant aller jusqu’à 15 % », explique Camille Harel, l’auteur de cet article, qui précise que « plus il y a d’associés, plus Bio c’ Bon ouvre de magasins ». Cependant, garantir des rendements sans liquidités en misant uniquement sur le développement futur de son parc était un pari risqué. D’où la mise en garde de l’Autorité des marchés financiers (AMF), qui a alerté dès 2018 les conseillers en investissements financiers (CIF) sur les pratiques jugées « douteuses » de la holding financière de Chouraqui.

L’examen des comptes de l’enseigne de distribution met en lumière une entreprise bien moins attrayante que prévu

« Or, en raison de « l’accroissement de la concurrence de la grande distribution sur le marché de la consommation bio », Bio c’ Bon a, d’une part, été contrainte de mettre un coup d’arrêt à ses inaugurations – donc à son développement –, et a subi, d’autre part, de grosses pertes, avec des baisses de résultats de l’ordre de 10 à 30 %. Conséquence : certains magasins de l’enseigne, notamment dans les centres huppés des grandes villes, n’ont plus les moyens de payer leur loyer, alors même que ces revenus représentent le cœur du financement des actionnaires : « Plusieurs boutiques auraient reçu des lettres de mise en demeure, allant même jusqu’à des convocations au tribunal », écrit Camille Harel. De là, la nécessité de faire des économies partout, provoquant, dans certains points de vente, une situation catastrophique « avec des fuites d’eau et des problèmes d’électricité non traités, des livraisons de fournitures non assurées poussant les équipes à se débrouiller pour acheter le strict nécessaire comme du papier pour les tickets de caisse ! ». Et une source proche du dossier confie : « Il y a des économies qui sont faites partout et on est dans un système D », notant également que « les conditions de travail au sein de l’enseigne se sont fortement dégradées ».

La direction dans le déni

Pire encore, du côté des fournisseurs, un certain nombre d’entre eux n’a tout simplement pas été payé pour des produits livrés et vendus ! « Lorsqu’ils ne nous livrent plus, nous en changeons, si bien que les clients ne retrouvent pas toujours les produits qu’ils ont déjà achetés », constate amèrement la responsable d’un magasin parisien, citée dans un article du Figaro du mois d’août. Autant de raisons qui ont entraîné certaines entreprises de gestion de patrimoine à pousser leurs clients à se désengager du processus, alors que l’enseigne restait dans le déni le plus total, faisant simplement état de « difficultés passagères de trésorerie ».

Le dossier est désormais entre les mains de Frédéric Abitbol, administrateur judiciaire, et plus encore du tribunal de commerce, qui va devoir arbitrer entre les nombreuses offres de reprise. Biocoop, La Vie Claire et Naturalia ont déposé les leurs, de même que Carrefour et Casino, qui espèrent récupérer ces points de vente, tandis que la famille Zouari, actionnaire à 43 % de Picard Surgelés, « propose de mettre en œuvre un projet industriel et économique visant à préserver l’intégrité de Bio c’ Bon et ses emplois, et à impulser une nouvelle dynamique de développement pour le groupe ».

Reste à savoir si cette faillite n’est pas le signe avant-coureur de la saturation d’un marché qui compte aujourd’hui trop d’acteurs…

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